On savait l’artiste italien Maurizio Cattelan, provocateur, et un tantinet inconsistant, les oeuvres qu’il présente dans les grands musées du monde (Centre Pompidou Metz 2011, Guggenheim Museum New-York) se parent selon ses admirateurs de vertus pédagogiques et propédeutiques quand elles sont tout bonnement vides et vulgaires. Voila qu’il expose actuellement à Varsovie sur l’emplacement de l’ancien ghetto une statue représentant Adolf Hitler en train de prier, et intitulée: « Lui ». Si cette dite oeuvre date de quelques années, son installation sur un tel lieu de mémoire est pour le moins incongrue

Et comme de bien entendu la provocation attire les curieux en mal de sensation, de très nombreux polonais se précipitent pour voir la dite « oeuvre ».

Celle ci est installée derrière une grille et la statue d’Hitler est vue de dos .

Dans un communiqué le centre Simon Wiesenthal a fait savoir que le choix de placer la statue à cet endroit là constitue  » une provocation insensée qui insulte la mémoire des victimes juives du nazisme. »

Ephraïm Zuroff directeur général du Centre Simon Wiesenthal ajoute, « la seule prière d’ Hitler concernant les Juifs était de les rayer de la surface du monde »

Maurizio Cattelan n’a pas commenté sur le thème de la prière entrain d’être dite par Hitler. Les organisateurs de cette exposition estiment que cette « oeuvre » ( il me pèse de décrire ainsi cette inanité), permet de mieux comprendre la nature du mal ! Fabio Cavalluci, le directeur du centre d’art contemporain qui supervise cette exposition a tenu à préciser « qu’il y avait de la part de quiconque, ni de l’artiste ni du centre l’intention d’insulter la mémoire juive« , c’est bien le moins qu’on peut espérer, surtout à Varsovie, surtout en Pologne !

« C’est une oeuvre d’art qui essaie de parler de la situation du mal qui se dissimule où que ce soit au monde » commente -t-il.

Le Grand Rabbin de Pologne , Lichael Schudrich, qui avait été consulté sur le bien fondé de l’installation à cet endroit ne s’y était pas opposé car il avait été convaincu par les organisateurs que la statue n’avait pas pour objet de réhabiliter Hitler mais démontre au contraire que le mal peut s’incarner également sous la forme d’un doux enfant en prière. Très cher homme !

Il est vrai que dans le délire et l’abjection, Maurizio Cattelan a quelques longueurs d’avance, il avait dans le passé créé une oeuvre représentant le Pape Jean-Paul II écrasé par une météorite ou imaginé comme « oeuvres d’art » des mannequins de garçonnets pendus à des arbres, sans parler des chevaux naturalisés au ventre crevé par un piquet !

Maurizio Cattelan est aussi paradoxalement le meilleur des procureurs pour dénoncer la dérive de l’art contemporain ou plus précisément la façon dont la majorité moutonnière feint de s’extasier devant ses productions. « Oh this is contemporary, so contemporary, contemporary «  une de ces oeuvres pose ainsi très bien la donne. On a l’impression d’un caquetage mondain, futile et privé de sens, une histoire de Père Noël pour adultes immatures. Un adaptation lâche à l’air du temps. Le mot «contemporary», est répété à jet continu, comme une espèce de logorrhée magique qui tient lieu d’intelligence, une surabondance qui remplace le discours et le raisonnement et masque le vide sidéral de l’individu et de la société, un prêt à porter langagier. Un artifice du néant, un rideau de fumée pour masquer l’inconsistance, tel Till Eulenspiegel ( Till l’Espiègle le héros flamand) peignant le roi et le représentant nu ou montrant à la Cour une toile blanche ( selon les versions) soulevant après un instant de stupeur les cris hypocrites d’admiration des courtisans qui sont bien incapables de porter une critique et de faire un choix.

À Varsovie, Maurizio Cattelan, n ‘a remplacé ni le philosophe, ni l’historien, ni le simple esthète. Il n’a rencontré que des médiocres qui ont cru bon d’encenser son travail jusqu’à lui faire croire qu’il est un artiste et que ce qu’il fait a une portée universelle qui transcende le sens. Las ! Comme d’autres artistes contemporains avec lui (notamment Damien Hirst qui dans ce domaine pourrait être sacré Pape), la boursoufflure, la vanité, le goût de l’argent, l’absence de talent, les acoquinements de tous genres, le génie de la communication, la provocation et la vulgarité sont devenus des vertus cardinales.

Devant tant de niaiseries et d’insignifiance, de faux-semblants et de goût du lucre, de prétention et de bêtise et au risque de paraître trivial, j’en arriverais à citer le bon mot obscène que Raymond Queneau fait dire à son héroïne Zazie dans « Zazie dans le métro » : « et mon cul, c’est du poulet ? », pardonnez-moi!

Pierre-Alain Lévy

– PS/ Voici en annexe documentaire quelques oeuvres de Maurizio Cattelan qui avaient été présentées pendant l’éte 2011 au Centre Pompidou-Metz dans l’exposition intitulée: «L’ Art contemporain expliqué aux enfants», et qui furent ultérieurement exposées au Guggenheim à New-York.

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