-( Lire la traduction en français à la suite du poème)


O star of France,

The brightness of thy hope and strength and fame,

Like some proud ship that led the fleet so long,

Beseems to-day a wreck driven by the gale, a mastless hulk,

And ‘mid its teeming madden’d half-drown’d crowds,

Nor helm nor helmsman.

Dim smitten star,

Orb not of France alone, pale symbol of my soul, its dearest hopes,

The struggle and the daring, rage divine for liberty,

Of aspirations toward the far ideal, enthusiast’s dreams of brotherhood,

Of terror to the tyrant and the priest.

Star crucified–by traitors sold,

Star panting o’er a land of death, heroic land,

Strange, passionate, mocking, frivolous land.

Miserable! yet for thy errors, vanities, sins, I will not now rebuke thee,

Thy unexampled woes and pangs have quell’d them all,

And left thee sacred.

In that amid thy many faults thou ever aimedst highly,

In that thou wouldst not really sell thyself however great the price,

In that thou surely wakedst weeping from thy drugg’d sleep,

In that alone among thy sisters thou, giantess, didst rend the ones

that shamed thee,

In that thou couldst not, wouldst not, wear the usual chains,

This cross, thy livid face, thy pierced hands and feet,

The spear thrust in thy side.

O star! O ship of France, beat back and baffled long!

Bear up O smitten orb! O ship continue on!

Sure as the ship of all, the Earth itself,

Product of deathly fire and turbulent chaos,

Forth from its spasms of fury and its poisons,

Issuing at last in perfect power and beauty,

Onward beneath the sun following its course,

So thee O ship of France!

Finish’d the days, the clouds dispel’d

The travail o’er, the long-sought extrication,

When lo! reborn, high o’er the European world,

(In gladness answering thence, as face afar to face, reflecting ours
Columbia,)

Again thy star O France, fair lustrous star,

In heavenly peace, clearer, more bright than ever,

Shall beam immortal.


O Star of France [1870-71]

Walt WHITMAN. (1819-1892)


Ô ÉTOILE DE FRANCE (1870-1871)

Ô Étoile de France

Le rayonnement de ta foi, de ta puissance, de ta gloire,

Comme quelque orgueilleux vaisseau qui si longtemps mena toute l’escadre,

Tu es aujourd’hui, désastre poussé par la tourmente, une carcasse démâtée ;

Et au milieu de ton équipage affolé, demi-submergé,

Ni timon, ni timonier.

Étoile sinistrement frappée, 
Astre, non de la seule France, symbole de mon âme ses plus précieuses espérances,


Lutte et audace, divine furie de liberté, 


Astres d’aspirations vers l’idéal lointain, rêves enthousiastes de fraternité,


Astre de terreur pour le tyran et le prêtre.


Étoile crucifiée, vendue, par des traîtres,


Étoile palpitante sur un pays de mort, héroïque pays, 


Étrange, passionné, railleur, frivole pays ! 
Malheureuse !

Mais je ne veux pas te blâmer, maintenant, pour tes erreurs, tes vanités, tes péchés ; 


Ton infortune et tes souffrances sans exemple ont tout racheté, 


Et t’ont laissé sacrée.


Parce que, dans toutes tes fautes, ton but fut toujours haut placé,


Parce que tu ne te serais jamais vendue quelque grand que fût le prix, 


Parce que certainement tu te réveilles de ta mauvaise ivresse et pleurante, 


Parce que seule parmi tes sœurs, toi géante, tu déchiras ceux qui te déshonoraient, 


Parce que tu ne pourrais pas, tu ne voudrais pas porter les chaînes traditionnelles, 


Pour cela cette crucifixion, ta face livide, tes pieds et tes mains cloués, 


La lance enfoncée dans ton flanc.

Ô Étoile ! Ô vaisseau de France, mis en fuite et bafoué !


Soutiens-toi astre frappé ! Ô vaisseau, repars ! 


Aussi sûrement que le vaisseau de tout, la Terre elle-même,


Produit d’un incendie de mort et du tumultueux chaos, 


Se dégageant de ses spasmes de rage et de ses déjections,


Et apparaissant enfin, tout en puissance et beauté, 


Et se mettant à suivre son cours sous le soleil, 


Ainsi toi, ô vaisseau de France !

Finis les jours, chassés les nuages,


Accomplis l’œuvre de peine et la métamorphose longtemps cherchée. 


Voyez! ressuscitée, haut au-dessus du monde européen,


(Et répondant en allégresse, et comme face à face de loin, à nos Etats-Unis)


De nouveau, ton étoile, ô France, belle resplendissante étoile, 


Dans la paix céleste, plus pure, plus radieuse que jamais,


Rayonnera immortelle.


Walt Whitman

(Traduction de Jules Laforgue)


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