L’Histoire n’est pas une magnifique suite d’actions héroïques et de gestes admirables. Certes ils existent mais ils sont le plus souvent éclipsés par les coups d’État, les crimes, les trahisons et les intrigues les plus ténébreuses. Sans le Mal pas d’Histoire. Et il faut l’avouer, les méchants sont les personnages les plus fascinants de la saga des peuples.

En voici treize portraits, présentés à travers des dramatiques interprétées jadis sur les ondes. On y retrouve Crassus, Néron, Julien l’Apostat,Vlad l’Empaleur,Olivier Le Daim, César Borgia, le père Joseph, Retz, le Prince de Palagonia, Fouquier-Tinville, Fouché et Talleyrand, L’amiral Canaris contre Himmler, La chute de Béria.


Introduction de Jean TULARD

Le mal peut prendre des formes variées en Histoire : l’ambition sans limites et sans scrupules d’un arriviste, la cruauté gratuite d’un tyran, la trahison d’un fidèle, le reniement d’un partisan, la perfidie d’un conseiller…La liste serait longue.

D’autant que le mal se définit par rapport au bien, mais, en Histoire, où est le bien et où est le mal ? La frontière passe par des rapports de force. . Le
bien ne peut être que dans le camp du vainqueur. C’est lui qui écrit l’Histoire. Mais la postérité peut modifier son jugement. Attila est le symbole du mal en Occident et du bien en Orient. Vaincu en 1815, Napoléon semble devoir laisser l’image d’un dictateur sanguinaire et même contesté sur le plan militaire (par Chateaubriand, il est vrai). La publication en 1823 du Mémorial de Sainte-Hélène, qui raconte les conditions de sa captivité bouleverse l’opinion et notamment les Romantiques qui voient en l’empereur déchu Prométhée sur son rocher. Napoléon l’avait prédit : «Le martyre me dépouille de ma peau de tyran.» La légende noire cède devant la légende dorée qui triomphe lors du retour des Cendres en 1840. Thiers est à la fois «le libérateur du territoire» et «le massacreur de la Commune».

L’image du mal n’est pas fixée à jamais. Il suffit d’un changement de mentalités, de contraintes nouvelles ou de la découverte de documents inédits. Mais que les «méchants» n’y comptent pas trop ! Les réhabilitations sont rares. En revanche, le mal, s’accompagnant d’intrigues, de meurtres et de violences diverses est plus spectaculaire que le bien.

De là l’intérêt porté par le roman, le théâtre, la peinture, le cinéma, la radio et la télévision aux méchants, comprenons aux tyrans, aux bourreaux, aux âmes damnées, aux corrompus, à tous ceux dont la fourberie et la cruauté sont les armes préférées. Du sang , de la violence, de l’intrigue : que demander de plus dans une pièce ? Avec Richard III Shakespeare offre un tableau insurpassable du pouvoir du mal.

Incarné par Marcel Herrand, Lacenaire, l’assassin dandy, fascine plus dans Les enfants du Paradis que le fade Debureau ou le tonitruant Frédérik Lemaître.

Gobineau ne s’y trompe pas lorsqu’il choisit comme figure centrale de sa Renaissance César Borgia,« le grand criminel» comme l’appelle Burckard.

Prenant la succession à la radio de la Tribune de l’Histoire animée par Alain Decaux, André Castelot et Jean-François Chiappe, Au fil de l’Histoire devenu Questions pour l’Histoire de Patrick Liegibel a continué de faire entendre des dramatiques historiques signées des meilleures spécialistes Jean Favier, Henri Amouroux, Jean des Cars

Dans ce cadre j’ai consacré, entre autres, quelques émissions aux «méchants». Elles suscitèrent l’intérêt des auditeurs. On en trouve réunies içi quelques-unes remaniées pour la lecture et malheureusement privées des voix de leurs interprètes, un Bernard-Pierre Donnadieu ou un Jean-Paul Faré.

Il a fallu faire des sacrifices : Ivan le Terrible vu par Staline, Richard III à la lumière des dernières recherches, Tamerlan, Sade, Lacernaire…

Le panorama va de l’Antiquité à la mort de Staline. Les policiers s’y taillent« la part du lion» : Fouché, Himmler, Béria. N’ont-ils pas mis leur fonction au service du mal ? Suivent les hommes de l’ombre. À l’image d’Olivier Le Daim, ne furent-ils pas les âmes damnées de tyrans ? Et ces derniers ne sauraient être oubliés. Néron en est le symbole.

On regrette de n’avoir pu présenter un Torquemada, figure de proue du fanatisme religieux. Du moins Fouquier-Tinville est-il là pour incarner la terreur politique.

Pour certains l’étiquette est-elle méritée ? On y reviendra dans la conclusion.

Un personnage à part : le Prince de Palagonia. Il n’a pas pesé sur le cours de l’Histoire mais le palais décoré de statues terrifiantes qu’il conçut pour y enfermer, dit-on, son épouse, aurait pu accueillir les monstres qui sont évoqués dans ce livre.

PS / Ces dramatiques pourront surprendre sous la plume d’un historien considéré comme rigoureux. Elles relèvent de la vulgarisation devenue indispensable au moment où la part de l’histoire ne cesse de se réduire dans les programmes scolaires. Le côté artificiel ( notamment la langue et la simplification des situations), n’exclut pas une documentation fondée sur les mémoires, les archives et les travaux récents. On trouvera une bibliographie en fin du volume.

Félix Delmas


Le Pouvoir du Mal

Les méchants dans l’Histoire

Jean Tulard

Éditions SPM. 25€


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