La chronique littéraire d’Elsa WEILLER.

Ce « roman français » écrit en 1930 se situe dans le Paris des années 20 et se dessine à travers les yeux d’un étranger. Un jeune docteur en philosophie hongrois qui, après une thèse écrite à Berlin, arrive par les méandres étranges de l’existence dans la ville mythique qu’il vénère et exècre à la fois.

Toujours aussi actuelle, l’œuvre de Márai est à nulle autre pareille et mérite d’autant plus de s’y pencher et de s’y attarder. Réflexion sur l’exil, l’éloignement, l’amour et l’existence, ce roman nous plonge dans les yeux de l’Autre, cet alter ego, cet étranger dont il est toujours autant question encore aujourd’hui. Qu’est ce qui nous lie ? Qu’est ce qui nous éloigne ? Pourquoi le rejet semble-t-il tant faire partie intégrante de la nature humaine ? Ce livre rend hommage à la culture européenne et française, à nos similitudes et nos différences, à nos particularismes, nos qualités et nos défauts, à la constitution de notre être. A ce qui fait de nous des Hommes, avec un H majuscule.

Il nous permet de prendre le recul nécessaire sur les problématiques qui taraudent et parasitent le débat politique. Le regard d’un étranger sur la France et les hommes et femmes qui la peuplent est-il dénué des scories d’une opinion publique subjective, est-il en ce cas plus objectif ? Ou au contraire ne s’appuie-t-il pas sur des perceptions imprécises et tronquées le rendant de facto impropre à un jugement juste ? Ce roman pencherait plutôt pour la première solution et je le suivrais dans ce choix. Il nous permet à nous Français de nous voir au-delà du miroir de nos propres réflexions. Il questionne, il interroge, il surprend et parfois blesse mais jamais ne juge et laisse à chacun la possibilité de s’étudier, il donne un répit que parfois nous oublions de donner en retour. Il nous laisse le choix.

C’est un roman fort, un roman original, un roman qu’il convient de méditer pour en saisir toute la portée…

Elsa Weiller


Roman traduit du hongrois par Catherine Fay


Sándor MÀRAI

Les étrangers

Éditions Albin Michel. 22€


– Sándor Márai est né en 1900 à Kassa en Hongrie, il publie son premier recueil de poésies à dix-huit ans tout en suivant des études d’art à l’Université de Budapest. Il envisage pendant un temps d’écrire en allemand, mais chosit finalement sa langue maternelle le hongrois.

Par la suite, il vit à Francfort, Berlin puis Paris, avant de rentrer dans son pays où il devient, dans les années 30, un auteur adulé. Tombé dans l’oubli après 1948, date de son exil en Europe puis en Californie, il se suicide à San Diego en 1989.

Son oeuvre a été redécouverte dans les années 1990, lorsqu’il a reçu le Prix Kossuth, la plus haute distinction hongroise, à titre posthume.

Les Étrangers, publié en 1930, appartient comme Libération, à la veine des romans de Márai d’inspiration directement autobiographique.


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