Je ne doute pas un seul instant de la qualité ou plutôt de l’excellence du récital de piano qui sera proposé à L’ARSENAL de Metz le mardi 4 décembre à 20h avec pour interprète Pascal AMOYEL. Quand on sait qu’il eut pour maître György Cziffra tout autre commentaire serait vain. Ce sera un grand moment de musique, un espace où les aiguilles du temps s’arrêtent pour nous donner un sentiment d’éternité.

La lecture du programme des compositeurs et des oeuvres qui seront jouées a plus de force, d’ énergie et de saveurs que tous les alcools du monde avec l’ivresse de la musique en plus.

Pour s’en convaincre je cite: Alkan, puis Chopin Polonaise de l’opus 26 n°1 et 2 ainsi que la Polonaise de l’opus 53 « La Polonaise Héroïque », et puis bien sûr il y a Liszt avec queques extraits des « Années de Pélerinage » et « Funérailles« , et encore une adaptation du même de Wagner avec « La Mort d’Isolde« . En un mot un florilège pianistique.

Le concert devrait débuter par plusieurs oeuvres de Charles-Valentin Alkan, (1813-1888)

Comment ? Vous ne connaissez pas ? Quel dommage je vous assure. Vous allez adorer. Un compositeur et pianiste virtuose et sublime qui n’a d’égal que Chopin, Liszt, Brahms ou Mendelssohn. Alkan était d’une exigence musicale totale, il a détruit une très grand nombre d’oeuvres qu’il avait écrites les estimants insuffisantes. Nombre d’artistes au demeurant, peintres ou musiciens ont parfois cette fâcheuse habitude d’ estimer, à tort ou à raison (et le plus souvent à tort) que leurs oeuvres n’ont point le droit de passer à la postérité et doivent donc disparaître. Il serait d’ailleurs bien possible que dans les années à venir des oeuvres disparues du compositeur ré-apparaissent.

Qui était C-H Valentin Alkan

Charles-Valentin Alkan est un compositeur français né dans une famille juive de 6 enfants. La famille est musicienne. Son père dirige une école (rue des Blancs-Manteaux à Paris) célèbre pour son enseignement musical. Charles-Valentin entre à six ans au Conservatoire de Paris.

A 24 ans il a la renommée d’être le meilleur pianiste français. Zimmerman l’introduit dans le monde parisien. Il devient l’ami de Victor Hugo, de Chopin, de Delacroix. Liszt l’admire. Son premier nocturne lui vaut le surnom de Berlioz du piano mais il fait aussi découvrir Bach au public parisien. Le tout Paris court ses rares concerts et ses cours privés de piano (il partage les élèves avec Chopin, avec de très hauts tarifs).

Il sera des amis fidèles de Chopin et le veillera à sa mort. Dans sa correspondance le peintre Delacroix fera plusieurs fois mention de lui.

En 1832, il obtient un second prix de Rome derrière Ambroise Thomas ce qui devrait intéresser les amis mélomanes messins.(Ambroise Thomas est né à Metz qui célébra il y a un an le bi-centenaire de sa naissance.)

Son oeuvre est romantique, passionnée, lumineuse, brillante, très difficile à jouer, et nécessite de posséder une technique plus que parfaite. Il faut écouter absolument « L’incendie au village » ou « La Locomotive« .

Charles-Théodore Alkan avait à coeur de vouloir transcrire en musique la Bible. Il avait fait de son frère Napoléon Alkan son exécuteur testamentaire et avait attribué à des institutions charitables et artistiques des dotations conséquentes.

Alkan est mort alors qu’il était en train de classer les livres de sa bibliothèque, le meuble s’est renversé sur lui et l’a écrasé. De mauvaises langues de ses amis dirent alors qu’il était mort étouffé par le Talmud ! Mais quelle belle mort mourir sous les livres, le symbole est fort !

Voila une petite dizaine d’années maintenant, une association s’est constituée pour faire renaître, et jouer l’oeuvre d’Alkan et que les musiciens s’en emparent. Que Pascal Amoyel ait choisi en début de concert de placer Alkan dans le compagnonnage de Liszt et Chopin est merveilleux et ce n’est pourtant que justice.

Quels seront les bis joués? Le choix sera difficile. Ah si l’ Allegro barbaro d’Alkan était choisi par Pascal Amoyel, j’avoue pour ma part (mais ne le répétez pas) que je serais aux anges … !

Pierre-Alain Lévy


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Pascal Amoyel. Chopin Nocturne en Ut diese min Op Posthume

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