Une grande exposition au Château de Versailles.

Versailles fut une nouvelle Rome à plusieurs titres : par sa démesure, par son ambition de traverser les siècles, par les multiples références aux grands modèles de l’Antiquité.

Pour la première fois depuis la révolution, les antiques les plus prestigieux reviennent au château dans une scénographie théâtrale et spectaculaire.IIe siècle, cette période constitue un absolu indépassable, avec lequel les souverains les plus ambitieux ont voulu rivaliser : c’est pour renouer avec cette grandeur que Louis XIV a créé Versailles comme siège du pouvoir.

L’exposition «Versailles et l’Antique» est l’occasion unique de rassembler plus de deux cent oeuvres (sculptures, peintures, dessins, gravures, tapisseries, pièces de mobilier et objets d’art) provenant des principales collections françaises, du musée du Louvre et de Versailles.

Galerie basse, salles d’Afrique et de Crimée

du 13 novembre 2012 au 17 mars 2013.

L’exposition est ouverte tous les jours, sauf le lundi de 9h à 17h30 (dernière admission à 17h). Fermeture exceptionnelle les mardis 25 décembre 2012 et 1er janvier 2013.


Avant-Propos de BÉATRIX SAULE, Directeur du Musée National des Châteaux de Versailles et de Trianon.

VERSAILLES, NOUVELLE ROME : telle était l’ambition de Louis XIV. Depuis la Renaissance, et pour toutes les élites, l’Antiquité était la référence ; chez les princes d’Europe, cette référence s’exprimait de la façon la plus visible au travers de leurs collections. En France, la voie fut tracée par François Ier, puis timidement suivie par ses successeurs. Louis XIV porta cette tradition à une toute autre échelle : jamais monarque ne s’était jamais livré à autant d’achats d’antiques et, à défaut, de commandes de copies. Et ce, avec une triple visée : servir son prestige, orner les maisons royales et former les artistes. Ses successeurs à Versailles baigneront dans cette ambiance et, quoique dans une moindre mesure, ils sacrifieront également au goût de l’Antique. De ce constat surgit un paradoxe : dans ce lieu en perpétuel changement, la présence d l’Antique n’apparaitrait-elle pas comme une constante ? Mais à y regarder de plus près, cette constante revêt une multiplicité de formes que les rapports entre Versailles, l’Antiquité et son héritage se révèlent d’une extrême subtilité, chacun de ces trois termes portant en lui-même l’équivoque.

VERSAILLES TOUT D’ABORD. Versailles est pluriel : à l’origine maison pour le plaisir, la demeure se métamorphose en résidence officielle de la monarchie, ouvrant des chantiers pour plus d’un siècle. Et ce glissement s’accompagne d’une nouvelle hiérarchisation des espaces, les uns publics- cours, jardins, grands appartements- les autres privés- petits appartements et cabinets- auxquels s’ajoutent, dans le périmètre du parc, marly, Trianon (Grand et Petit) ainsi que les «petits châteaux» alentour comme Choisy ou La Muette.

ENSUITE, L’ANTIQUE. Sous ce vocable, c’est essentiellement la Rome impériale que les Anciens révèrent ou que les Modernes veulent surpasser. Dans la pensée du Grand Siècle, cet âge d’or est approché à travers des vestiges et sa littérature, mais aussi à travers les emprunts et son assimilation par la Rome moderne, celle de la Renaissance et de la Contre-Réforme. Et aux richesses de l’Antiquité païenne se mêlent encore celles de l’Antiquité chrétienne sur laquelle s’ancrent les revendications gallicanes. De cette imbrication d’une délicate complexité, il résulte une culture hybride qui, dans le domaine des arts, inclut la Grèce tout en l’occultant jusqu’à l’irruption du «goût à la grecque» à pâtir des années 1750et aux publications de Winckelmann.

L’HÉRITAGE ENFIN. Il est multiple et fécond : intellectuel, comme pourvoyeur de concepts, de valeurs, d’un discours allégorique et symbolique, de sujets tirés d’une histoire (celle des Césars) et d’une mythologie ; artistique, comme prescripteur de règles, répertoire de formes et langage ornemental ; matériel, par ses oeuvres sauvegardées (véritables antiques qui engendrent moulages ou copies «d’après l’antique» ou interprétation «à l’antique» et par sa prédilection pour les matériaux nobles et précieux comme marbres, bronzes et porphyres.

DÈS LORS, l’on comprend que les manifestations d’une omniprésence de l’Antique à Versailles comportent de multiples facettes et suscitent bien des questionnements : sur l’usage et l’implantation qui fournissent des indices sur l’intention du commanditaire- recherche de prestige ou simple plaisir hédoniste?-, sur le choix des thématiques, sur ce qui procède de la véritable connaissance ou de l’imaginaire, sur la place respective des antiquités profanes et religieuses, sur la réception d’un art destiné à un public mondain dominé par l’esprit de cours, etc.

À LA SUITE DES TRAVAUX PIONNIERS DE PIERRE FRANCASTEL, de Francis Haskell, d’Hélène Himelfarb, ou de Jean-Pierre Néraudau, les commissaires de l’exposition et les auteurs du catalogue ont élargi le champ de recherche, abordant avec une exigence érudite, outre l’histoire du goût et des collections, l’architecture et tout le domaine des arts plastiques jusqu’aux arts décoratifs et ce, sur la longue période chronologique des trois règnes ; tout cela dans une démarche dont l’axe majeur tient à mettre en valeur ce que Versailles est avant tout: un lieu de pouvoir


Illustration. Bacchus enfant dit aussi Jeune Bacchus à la panthère. Vers 1673 (exécuté à l’Académie de France à Rome) Jean-Jacques Clérion (1640-1714) Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon ©RMN-Grand Palais (château de Versailles) Gérard Blot


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