Voici une exposition à ne pas manquer, elle retrace les sept dernières années de la vie et de l’oeuvre de Raphaël et est organisée par le Louvre en partenariat avec le Musée du Prado à Madrid.

Ce sont près d’une centaine de peintures et dessins de Raphaël ainsi que de ses principaux élèves (Giulio Romano et Gianfranco Penni) qui sont présentés

Sanzo Raphaël (1483-1520) dont le grand historien d’art Vasari (1511-1574) disait dans son fameux ouvrage Vie d’artistes Raphaël est la peinture même »

Cette exposition est intéressante à maints égards, bien entendu elle offre la possibilité d’admirer des oeuvres appartenant aux collections du Prado et à quelques autres musées, ce qui en soit est déjà très attrayant, son intérêt second, voire peut-être même le plus important au coeur même de l’histoire de l’art, est de replacer Raphaël au centre du débat et de démontrer la place unique et centrale qu’il occupe. Pour s’en convaincre sa capacité d’influence a été très considérable. probablement bien plus que celle exercée par ses devanciers et contemporains ( Leonard compris). Les plus grands maîtres français du dessin ou de la peinture comme Le Brun, Louis David, Dominique Ingres particulièrement ou Eugène Delacroix s’inspirèrent abondamment de son oeuvre, de son style et de son répertoire de formes).

Voici ce qu’écrivait Delacroix à son sujet

«C’est une espèce de culte que le respect de la postérité pour ce grand homme, et il est peut-être le seul, parmi les artistes de toutes les époques, je n’en excepte pas les poètes, qui soit comme le représentant ou le dieu lui-même de son art. Revue de Paris, 1830, t. XI, p. 138

Raphaël eut non seulement le génie de se lover dans l’esprit de son temps, en tant que peintre, de capter ce que ses aînés avaient apporté à la peinture (Leonardo da Vinci ou le Pérugin son maître), et d’en faire un style unique, de dégager sa propre manière. Vasari (toujours lui) n’écrivait-il pas: «De plusieurs styles, il ne fit qu’un, le sien !».

Raphaël c’est aussi à l’instar de Léonard ou d’autres grands génies de la Renaissance un artiste complet, effectivement s’il est peintre il est aussi architecte, c’est d’ailleurs à ce titre qu’il sera nommé en 1514 par le Pape (il sera l’assistant de Bramante qui travaille à la construction de Saint Pierre de Rome). Il est aussi Surintendant aux Antiquités, conservateur des monuments historiques comme on dirait aujourd’hui, et nommé à ce poste par le Pape Léon X qui vient de succéder à Jules II mort en 1513.

Parmi ses amis, la fine fleur des artistes Michel-Ange (malgré quelques jalousies de ce dernier…), des humanistes romains, le cardinal Bibienna, Baldassar Castiglione, diplomate à la Cour d’Urbino, ville où Raphaël était né, mais aussi Piero Aretino ( l’Arétin) connu pour ses oeuvres littéraires grivoises qui lui valurent d’être chassé de Rome par le Pape. Raphaël entretint aussi une correspondance avec Dürer (1515).

François Ier essaya de faire venir Raphaël en France mais le Pape Léon X s’y opposa. Pour faire oublier cette petite brouille le Pape offrit à François Ier et Claude de France la reine son épouse deux tableaux le grand Saint Michel et La Sainte famille et le petit St Jean (la partie gauche de ce tableau représentant Sainte Elisabeth et St Jean Baptiste a été peinte par Giulio Romano)

Retour sur sa jeunesse

Sa mère meurt il a huit ans (1491), très jeune il aide son père (un peintre réputé) dans son atelier et selon Vasari l’accompagne à Florence (1494). Ce serait même son père qui peu de temps avant sa mort (1494) l’aurait confié à au Pérugin. Il retournera à Florence en 1497 et 1498 et en profite bien entendu pour échanger avec le milieu artistique de la cité. Il est désigné par un acte officiel comme maître (il n’a que dix-sept ans) au moment de la commande de sa toute première oeuvre Le retable de Saint Nicolas de Talentino (1500-1501)

La vie de Raphaël est relativement bien documentée lors de sa présence à Rome notamment grâce aux commandes et actes de réception de tableaux.

L’oeuvre

La diversité de ce qu’il produisit est conséquente, des dessins, des peintures avec de nombreuses Saintes Familles, des décorations pour des autels, des portraits, des décorations à fresque ( les Stanzes du Vatican, la Logetta du Cardinal Bibbienna), des cartons pour tapisserie et bien entendu tout son travail pour décorer Saint Pierre de Rome (« L’incendie du Borgho».

Pour mener à bien ses commandes il s’entoura d’assistants qui l’aidaient notamment à produire les nombreux décors d’autels qui lui étaient commandés. Les moyens techniques d’aujourd’hui et notamment ceux procédant de l’imagerie permettent de retrouver la main de l’artiste. Ses dessins préparatoires sont d’une beauté tout bonnement transcendantale. Vasari était quant à lui également un grand collectionneur de ses dessins.

Raphaël c’est avant tout une exigence de qualité, un soin et un souci extrême dans la préparation et l’exécution des oeuvres, une recherche continuelle de la perfection, rien n’est jamais laissé au hasard.

C’est aussi une technique de peinture exigeante, par couches superposées de couleurs, en utilisant des pigments rares, pour les bleus par exemple le lapi-lazuli qui ne s’altère pas avec le temps.

Ses portraits

L’influence de Leonard de Vinci est patente dans les portraits que Raphaël réalisa vers la fin de sa vie. Il l’a d’ailleurs rencontré à St Pierre de Rome. Le positionnement des personnages vus de face, certains les mains croisées, le regard droit proviennent directement de la manière du peintre de La Joconde.
Ses portraits sont touchants et captent l’attention du spectateur par le regard, Raphael portait un soin infini à travailler le corps de ses personnages au plus près de l’anatomie. Il maitrise et le dessin et la couleur, c’est bien pour cela qu’il est un génie. Il se dégage dans le traitement des visages qu’il peint un sentiment personnel profond de tendresse et d’humanité (. Quand Raphaël a peint La Donna Velata (1512-1518) il avait pour modèle la Forfarina, (la femme du boulanger), Margherita Luti dont il était discrètement l’amant.

Quand il mourut le 6 avril 1520 à Rome après une courte maladie, on dit que toutes les femmes en furent bouleversées.

Laissons à Vasari les mots de conclusion

« Lorsqu’il mourut, la peinture pouvait bien mourir elle aussi et quand il ferma les yeux, elle sembla devenir aveugle. »

Pierre-Alain Lévy




RAPHAËL, les dernières années

Musée du LOUVRE

jusqu’au 14 Janvier 2013

Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi

Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi



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