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Une vente aux enchères n’est jamais un événement banal et la dispersion chez Sotheby’s à Paris de la collection d’André Meyer toute entière consacrée à la musique n’a pas failli à la règle. C’est une des plus belles collections consacrées à la musique du XXème siècle. Le produit total de la vente a atteint 3,3 millions d’euros

Cette collection a appartenu à André Meyer, (industriel lorrain mort en 1974) , qui a rassemblé tout au cours de sa vie une masse impressionnante de documents originaux, partitions autographes de compositeurs, correspondances, manuscrits de toutes sortes, portraits d’artistes, objets d’arts ou instruments de musique .

André Meyer dés l’âge de 14ans connut la passion de la musique et commença alors sa collection. En 1904, il est diplômé en littérature anglaise à la Sorbonne, il rejoint peu après l’entreprise familiale qu’il fera prospérer

Pendant la guerre fuyant la traque nazie il confie sa collection à des amis avant de prendre le chemin de l’exode. Apprenant la mort de son frère, il regagne Paris où il est arrêté. L’officier qui l’arrête est autrichien, c’est l’ancien directeur de l’Opéra de Vienne, les deux hommes jadis s’étaient d’ailleurs rencontrés. La musique le sauve. En 1945 André Meyer devient trésorier de la Société Française de musicologie. Sa bibliothèque est fameuse et André Meyer accueille toujours chaleureusement de nombreux musiciens qui viennent y consulter des documents ou faire des recherches. Le violoncelliste Mitslav Rostropovitch viendra y lire les carnets de Debussy.

À la mort d’André Meyer, la collection fut divisée entre ses deux fils. La Bibliothèque nationale de France en conserve une large partie, une autre fut vendue aux enchères. La collection présentée ici fut conservée par le second de ses héritiers. Elle est ainsi restée quasiment inconnue des chercheurs, collectionneurs et autres amateurs de musique.

Au total c’est un ensemble de 450 lots qui a été vendu


Au fil des enchères

Une première édition des six partitas pour clavier BWV 825-830.de J-S Bach (1685-1750) et enregistré comme l’exemplaire G5 dans la Neue Bach Ausgabe. Vendu 228,750 €

Chacune des 6 Partitas a été publiée individuellement dès 1725. Aucune de ces éditions originales n’a survécu. En 1731, Bach les réunit en un seul volume, le Clavier-Übung I, et le désigne comme son opus 1, prouvant ainsi l’importance capitale de ces oeuvres. Il y eut d’autres publications de la série des Clavier-Übung : la deuxième, comprenant le Concerto italien et l’Ouverture française, la troisième avec les duos et le Prélude et fugue « Sainte Anne », la quatrième – avec les Variations Goldberg. Les éditions de musique publiées du vivant de Bach sont rarissimes.

Il s’agit là du plus bel exemplaire de ce rarissime volume à paraître en vente publique.

Un feuillet autographe manuscrit d’exercices et d’ébauches de composition pour piano de Beethoven (1780-1827) et ayant appartenu à Frédéric Chopin, avec une dédicace autographe signée par le collectionneur Aloys Fuchs à l’encre rouge : « Dem Herrn Fr. Chopin von seinem Verehrer und Freund Wien im Juni [1]831 Aloys Fuchs [per manu propr]ia ». est parti à 252,750 € ( mise à prix 150 000€)

Le manuscrit du deuxième quatuor pour cordes Op.10 d « Arnold Schoenberg (1874-1951) a été vendu 240,750€. Ce livret préparé à l’origine par le compositeur pour sa femme Mathilde (née Zemlinsky), dédicataire de l’oeuvre, porte une longue inscription dédicatoire à la famille Seybert, signée, au bas de la première page de musique on y lit en allemand: » J’ai créé à l’époque pour ma femme cette copie du deuxième quatuor à cordes dédicacée à ma femme. Je vous prie de l’accepter en tant que souvenir, et ainsi permettre à ma femme de trouver l’occasion de vous remercier à titre posthume pour votre générosité – ce qui compte beaucoup pour elle, mais son plus grand souhait est certes de vous remercier elle-même ! Merci beaucoup ! Votre Arnold Schönberg, octobre 1923.

Il s’agit d’un ensemble de 27 pages numérotées avec numéros de mouvements et indications de tempo autographes contenant des annotations et des corrections autographes au crayon (dont une mesure entièrement rayée), mesures numérotées entourées au crayon rouge

Outre quelques belles peintures de compositeurs, un profil en cire polychrome de Mozart dans un cadre en bois doré a été vendu 27.150 €

Elsa Weiller


Wukali est redevable à Sotheby’s pour le travail documentaire qui a servi à la rédaction de cet article .

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