Aspects du marché de la facture instrumentale

Un synergie (le mot est à la mode!) pour reconquérir cet extraordinaire marché de la facture instrumentale. Marché mondial bien sûr ! Naguère, allez disons il y a plus de cinquante ans, la France était le Numéro Un au monde dans la fabrication des instruments de musique ! Faudrait il citer et dans le désordre pour les instruments à vent Louis Lot, Bonneville, Buffet-Crampon, Selmer, Courtois, Marigaux, Besson, Couesnon, Leblanc , les pianos: Gaveau; Pleyel, Beilhartz ,Daudé, Blitz , les violons Sartori ou Louis Mangenot de Mirecourt dans les Vosges etc.

Aujourd’hui le paysage est dévasté, les amoureux du métier bien fait et du bel instrument ont soit disparu ou ont cédé leur place à des administrateurs

Il faut le dire d’emblée la facture instrumentale est le fruit de l’excellence et de la perfection, de la tradition et du savoir faire, d’un métier artisanal exigeant, de la connaissance quasi consubstantielle des matières nobles utilisées: bois d’ébène, de buis, de poirier, les métaux tels l’argent, le maillechort ou l’or. La facture française représentait tout ce que l’on pouvait trouver de meilleur.Chopin jouait sur un Pleyel ! Les flûtes Lois Lot (fin 19ème début 20ème) sont toutes des Stradivarius, quant aux saxophones Selmer ils demeurent aujourd’hui une référence et continuent d’être produits dans l’usine de Mantes la Jolie .


L’excellence. Les fabricants français d’instruments à vent aujourd’hui.

Il faut le savoir, la France a la chance de posséder de longue date des facteurs d’instruments dont la réputation a traversé le monde.

Selmer est le premier fabricant français d’instruments à vent, il est spécialisé dans la fabrication des saxophones et des clarinettes. Ses saxophones sont joués par les meilleurs instrumentistes classique et jazz.

Buffet-Crampon est le n°1 mondial des clarinettes, il produit des bois (clarinettes, hautbois, bassons français, saxophones).

Courtois, installé à Amboise. Belle maison française fondée en 1803. C’ est un spécialiste des cuivres (trombones, trompettes, cornets).

Besson qui existe depuis 1837, fabrique des cuivres professionnels et d’étude, cornet, alto, euphonium, tuba, cor d’harmonie, trombone, trompette.

Couesnon a été fondé en 1827, et est spécialisé dans les instruments d’ordonnance : bugles, cornets, trombones à piston, cors alto, clairons.

À côté de ces fabricants de bonne taille, il convient de mentionner ces nombreux facteurs passionnés qui dans la tradition et pour de nombreuses familles d’instruments apportent une qualité qui fait honneur. Le plus souvent ce sont de petits ateliers composés d’un tout petit nombre de personnes et qui produisent des instruments dans l’excellence de l’artisanat appris des maîtres anciens.

La France occupe le 4ème rang mondial en matière de lutherie et de facture instrumentale notamment pour les produits haut de gamme.

Il convient cependant d’être rien moins que vigilant quant à l’existence même et la pérennité de ces entreprises. Dans le maelström industriel et économique qui secoue la planète il appartient à leurs dirigeants et à tous les intervenants privés, institutionnels ou publics du secteur d’apporter les réponses aptes à assurer un développement harmonieux , efficace et serein.


Au lendemain de la seconde Guerre mondiale, la situation commençait progressivement à se dégrader, des marques disparaissaient en nombre et l’hécatombe menaçait l’ensemble de la profession. La situation aujourd’hui ne s’est hélas pas amélioré … !

Pendant tout ce temps perdu en France, au Japon Yamaha diversifiait sa production et partait pour son pays à la reconquête commerciale du monde. Un consortium diversifié comprenant industrie automobile, motos, société de transports, meubles, chantiers navals, éléctroniques et bien entendu facture instrumentale ( il est vrai que le fondateur de la compagnie était facteur d’orgue). Les pianos Yamaha concurrencent les prestigieux pianos américains Steinway, et les plus grands concertistes les jouent. Déjà, dans une publicité parue dans les années soixante, sur les pochettes de disques du virtuose György Cziffra on y pouvait lire: « Yamaha le plus grand des pianos pour le plus grand des pianistes« .

Au fil du temps, l’outil artisanal, industriel et commercial de la facture instrumentale française partit à vau l’eau. L’éducation artistique dans le système scolaire subit la même pente, et c’est bien là le drame originel. Aucun ministre des Affaires culturelles, quels qu’ils fussent, ne prit la mesure du désastre qui s’annonçait d’autant plus que ce secteur du produit culturel ne semble pas faire partie du domaine d’intervention politique imparti à ce ministère censé représenter une certaine idée de la France et de son patrimoine. Cela est aussi vrai pour les autres ministères sous quelques définititions qu’ils se parent : Éducation nationale, Commerce et Industrie, Artisanat etc…

Quant à l’éducation artistique dans le système scolaire français il faut avoir le courage de dire qu’elle est sinistrée. Tout les dix ans la musique en France perd de nombreux musiciens. Des praticiens qui sont eux-mêmes des consommateurs de produits culturels et forment quelque part le pré-carré privilégié de nos facteurs d’instruments dans nos écoles, nos conservatoires ou nos orchestres !

Trois établissements financés par le Ministère de la culture forme des spécialistes et des techniciens pour la fabrication et la réparation des instruments

L’Institut technologique européen des métiers de la musique (ITEMM) au Mans forme aux métiers de la facture instrumentale, des techniques nouvelles et de l’action commerciale.tél 02 43 39 39 00

Le Centre national de formation d’apprentis de facteurs d’orgue
à Eschau dans le Bas -Rhin. tél: 03 88 59 00 81

L’Ecole nationale de lutherie à Mirecourt dans les Vosges. tél: 03 29 37 06 33


Il suffit de visiter le Salon Musicora à Paris, pour avoir une idée de la physionomie du marché. On trouve aujourd’hui de très nombreux fabricants chinois de pianos par exemple. Certes leur production demeure de qualité assez médiocre, mais qu’on ne s’y trompe pas, il leur faudra peu de temps pour progresser!

La mise sur le marché d’un produit de hautes technologies, car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce domaine spécifique de la musique est complexe. Toutes les mises sur le marché le sont au demeurant!

Non seulement le « produit » doit répondre à des exigences techniques de fabrication et être de qualité irréprochable, (n’oublions pas que le prix de vente est un des éléments essentiels du problème et ne peut jamais être bon marché), mais les destinataires des instruments et en premier lieu les «leaders d’opinion» tels les musiciens, les concertistes, les professeurs des Conservatoires sont des médiateurs incontournables. Aux arguments techniques que peut faire valoir le facteur d’instrument se superposent d’autres qui appartiennent à la sphère de la sensibilité, de l’émotion , de l’habitude aussi, de l’immobilisme aussi hélas ! L’introduction d’une innovation, technique ou matérielle se heurte le plus souvent à un tir de barrage des utilisateurs. C’est un peu quelque chose comme le combat des Anciens contre les Modernes. Le positionnement d’un nouveau produit se référençant bien sûr aussi en comparaison avec la concurrence et pour tout dire des habitudes commerciales et des politiques de prix des distributeurs …

Quelques données chiffrées …

Le marché de la facture instrumentale représente en France un volume de 628 millions € pour environ 2500 entreprises, ce qui est très modeste. 700 d’ente elles ont une activité purement artisanale (réparation, restauration, accord) tandis que 1800 se positionnent sur une activité mixte entre artisanat et/ou commercial. Il s’agit foncièrement d’une activité de niche dans le secteur des métiers d’art qui correspondent à près de 20.000 entreprises. C’est aussi une industrie de main d’oeuvre. Ce n’est plus une industrie de consommation ce que l’on peut regretter. Le marché se rétrécit , les ventes baissent ou stagnent et triste conséquence, bien souvent cela est compensé par une augmentation des prix des instruments. Abération commerciale s’il en est, cautère provisoire de subsistance qui masque une réalité économique inquiétante et dont doivent se moquer les fabricants étrangers qui s’en réjouissent !

Les données chiffrées et les tableaux en bas de l’article faisant état de la baisse de production et du moindre nombre d’instruments produits en France, corrélées avec les importations d’instruments fabriqués en Asie (Japon, Taiwan, Vietnam, Indonésie) pour n’en citer que quelques uns, fournissent des éléments d’appréciation sur lesquels il est urgent de se pencher.

La Chine qui fait une percée dans ce secteur d’activité produit des instruments à bas coût, essentiellement des instruments d’étude. Mais en Chine il y aurait dit on près de 20 millions de pianistes ( combien de pianos?) Loin est le temps où feu le Baron Bic imaginait de vendre un stylo-pointe au 800 millions de Chinois d’alors ( Jacques Dutronc en 1966 chantait Six cent millions de Chinois et moi et moi et moi …)

Lors d’une visite au Japon où j’accompagnais pour un voyage d’études un groupe d’amis musiciens, je rencontrais à Kobé, dans le sud du pays juste à côté d’Osaka, le plus grand probablement importateur d’instruments à vent japonais. Au cours de nos échanges en anglais je lui demandais combien il y avait d’orchestres symphoniques dans son pays, il me répondit 260 ( je ne suis plus tout à fait sûr du chiffre précis, mais c’est de cet ordre là!). Si l’on met cette donnée en regard avec la culture confucianiste, cette soif de connaissance et de l’étude, l’admiration pour la culture occidentale, le nombre d’étudiants de très haut niveau qui viennent dans nos universités ou nos conservatoires
( il suffit d’observer les palmarès de tous les premiers ou seconds Prix des plus grands concours internationaux de musique pour constater cela), on mesure davantage l’évolution qualitative et spirituelle d’une société qui juste avant la révolution de Meiji en 1868 en était encore au Moyen-âge).

Aussi nous appartient-il d’avoir tout cela en tête afin de retrouver à travers l’étude, grâce à cette spiritualité artistique, et les produits culturels associés, les marges nécessaires d’harmonie seules capables de nous redonner collectivement l’élan vital et créer de nouveaux emplois.

En ces temps de morosité structurelle on ne peut que féliciter Peugeot (Peugeot Design Lab) et Pleyel de s’adosser mutuellement pour reconquérir un marché qui, indubitablement, est porteur, celui du piano. D’autres secteurs de la facture française pourraient s’en inspirer.

Il est plus que souhaitable que d’autres collaborations de ce type entre de grands industriels et commerçants rompus au négoce international et possédant tous les outils nécessaires et des entreprise familiales de renom ou des PME possédant le savoir-faire et riches d’une histoire culturelle apparaissent. Cet adoubement est salutaire et vitale aussi pour notre économie. À nous de trouver les ressources et les dynamiques nécessaires. Pour que le grain ne meurt !

Pierre-Alain Lévy


Commerce extérieur des instruments de musique

IMPORTATION ( en millions d’euros)

  2000 2002 2004 2006 2008 2010
Total 152,8 148,2 140,3 202,8 202,7 231,3
dont Union Europ 47,2 42,7 53,7 81,0 71,1 59,8


EXPORTATION ( en millions d’euros)

  2000 2002 2004 2006 2008 2010
Total 99,7 119,8 123,9 144,4 143,4 172,5
dont Union Europ * 41,2 44,8 49,5 53,7 56,0 83,7

* 14 pays jusqu’en 2003, 24 pays de 2004 à 2006, et 26 pays à partir de 2007

(Sources Douanes/ DEPS)


Chiffres et graphiques

2010 Répartition des ventes en Chiffre d’affaire par famille d’instruments

– Instruments à vent 4,7%

Cuivres 3%, Bois 14%

– Pianos acoustiques 15%, Pianos numériques16%

– Instruments à cordes frotées 2,2%

– Guitares, basses, accoustiques 15%


Répartition en volume 2010

– 36% guitares, basses, acoustiques

– Instruments à vent 5% pour les Bois, 1% pour les Cuivres,

– 1% Pianos acoustiques

– 1%Cordes frottées (violon, violoncelle)




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