Je me souviens de ce solstice d’été qui faisait fête à la musique dans les jardins du Palais-Royal à Paris, il y a de cela près de dix ans. La cour d’honneur du Palais-royal, entre Comédie Française, Conseil d’État et Ministère de la culture, où se dressent les colonnes de Buren, accueille chaque année à l’occasion du 21 juin des concerts de qualité. Cette année-là je ne dérogeais point à mes habitudes et tout naturellement, traversant la Place Colette, happé par les foules qui alternativement entraient et sortaient des jardins, magnétisé, absorbé, transporté je me retrouvais telle une poussière d’étoile (pas moins) au centre d’un magma sonore dont les couleurs étaient comme propulsées par d’immenses enceintes acoustiques entassées les unes sur les autres sur chacun des côtés de la cour.

D’évidence je ne m’attendais point à un tel déchaînement sonore, interloqué par cette musique qui était nouvelle pour moi, si éloignée me paraissait-elle des univers musicaux aussi variés fussent-ils que j’affectionnais. Les mélomanes, et badauds de toutes espèces (deux catégories qui me conviennent chacune au demeurant parfaitement), étaient très nombreux. La tempête acoustique remplissait l’espace et devenait matière, comme palpable et malléable, elle formait relief, s’arcboutait, traversait l’air, j’aurais pu je crois la toucher, la malaxer, la caresser, en prendre possession, comme elle prenait possession de moi. La musique se transformait, se transmutait, prenait chair et consistance, et occupait par toutes les lois de la physique l’espace. Nul doute qu’elle devienne aussi couleur !

Je cherchais à répertorier de loin en loin les racines formelles des compositeurs contemporains que je connaissais mais ce que j’écoutais était si différent. Le public, tout comme moi, était attentif et intéressé. Mais qui donc était le compositeur ? La nuit était bien noire et ma mémoire sélective a bien retenu cette précision. Sous un auvent de fortune, au centre de la cour et éclairé par quelques ampoules électriques pendues au bout d’un fil et ballotées par le vent, un personnage portant une grande barbe blanche tel un Père Noël, aidé par deux charmantes collaboratrices, s’activait derrière une console électronique et produisait tonnerres, musiques et rythmes, mais qui était il donc ? Il portait en lui et exprimait plus de jeunesse, d’inventivité et de créativité que la majorité des spectateurs réunis pour l’écouter. Sa musique était en phase avec le temps, elle était présence.

À la fin du concert, car j’avais résolument tenu à tout écouter, personne ne sut me dire son nom. Quoique dépité de ne point savoir qui était cet artiste hors du commun, je rentrais à pied chez moi, fourbu mais heureux, après une nuit d’ivresse musicale protéiforme. J’avais assister ce soir là à un événement musical, pour le moins révolutionnaire, et en tous les cas bouleversant. Je me devais d’éclaircir ce mystère!

Le lendemain dès mon réveil, comme un diable sort de sa boîte, un nom me vint immédiatement à l’esprit : PIERRE HENRY, je recoupais aussitôt quelques informations, j’avais trouvé juste ! Pierre Henry le concepteur de la musique électroacoustique, ami de Schaeffer, Messiaen, Béjart, fondateur du GRM (Groupe de Recherche sur les Musiques Concrètes), au coeur de la création musicale du temps présent, (faut-il le souligner depuis les années 1950 et oui ! ) et qui sans avoir jamais pris une ride continue jusqu’à aujourd’hui à créer, à innover, à recevoir dans son atelier proche de l’avenue Daumesnil ! La jeunesse n’a pas d’état-civil, elle a une âme ! ( Pierre Henry est né en décembre 1927)

Techno, Électro lui sont indubitablement redevables, et les vagues adulescentes qui défilent derrière des chars lors de processions profanes et rythmées seraient bien inspirées de réfléchir avec philosophie à la présence tutélaire de l’oeuvre de Pierre Henry à l’origine même de leur plaisir musical.

Pierre-Henry sera à Metz, un grand événement !

Pierre-Alain Lévy


L’ARSENAL, dans le cadre de la Nuit Blanche de Metz accueillera dans la Grande Salle, le vendredi 7 septembre à 20h, Pierre-Henry.

Titre du concert: Metz pour le temps présent

Le concert d’une durée d’une heure est gratuit. Les billets sont à retirer à la caisse.

Hâtez-vous, soyez curieux, venez et écoutez !


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