Dietrich Fischer-Dieskau nous a quittés le 18 mai dernier, à dix jours de son quatre-vingt-septième anniversaire. Fischer-Dieskau fut une immense personnalité au sein du monde musical dans la seconde moitié du XX° siècle, comme chanteur, chef d’orchestre, musicologue. Unanimement apprécié et respecté, il fut reçu « Docteur Honoris Causa » à Oxford en 1978, en même temps qu’Herbert von Karajan. Ecrivain de talent, il nous a laissé des mémoires d’un intérêt exceptionnel, édités chez Belfond en 1991 : «Résonnance». Ses qualités linguistiques lui ont permis de proposer une traduction en anglais des Lieder de Schubert.

Né en 1925 dans la capitale allemande, fils d’un pasteur et d’une institutrice, imprégné, dès son plus jeune âge par les valeurs humanistes incarnées par ses parents, Dietrich Fischer-Dieskau est d’abord, connu comme un des grands barytons de son temps. Il fut révélé par la radio dans le Berlin de l’immédiat après-guerre et s’est d’abord imposé comme un interprète d’exception des Lieder du répertoire romantique allemand, gravant, à plusieurs reprises, des cycles entiers de l’œuvre chanté de Franz Schubert. Évoquant cette époque, la grande Christa Ludwig a pu écrire : « Nous nous rendions alors aux concerts de Fischer-Dieskau à la fois pour pleurer et pour prier ».

Repéré très tôt par Wilhelm Furtwängler sous la direction duquel il devait enregistrer, dès 1952, le rôle de Kurvenal dans Tristan et Isolde, Dietrich Fischer-Dieskau s’est couvert de gloire, tant dans le domaine de l’opéra que dans celui de l’oratorio, avec les plus grands chefs d’orchestre de son temps : Fricsay (dont il fut particulièrement proche dans les premières années de sa carrière), Jochum, Böhm, Klemperer, Karajan, Solti, Szell, Bernstein, plus récemment, Barenboïm. En récital, il eut pour partenaires les pianistes Gérald Moore, Sviatoslav Richter, Alfred Brendel.

Fischer-Dieskau a cessé de chanter en 1992, se consacrant, ensuite, à des Master classes et endossant l’habit de chef d’orchestre pour graver, avec Julia Varady, son épouse, des anthologies d’airs de Verdi qui ont fait date. Au sein d’une discographie pléthorique, réalisée sur presqu’un demi-siècle pour les plus grands labels internationaux, EMI, Deutsche Grammophon, Decca, la série de Lieder et de mélodies, enregistrés à la fin des années 1980 par la firme CLAVES, revêt une importance particulière.

L’artiste est accompagné par le jeune pianiste allemand Hartmut Höll qui fut son dernier partenaire en récital. Réalisée de1986 à 1991, cette série de CD constitue, à tous égards, le testament vocal du grand baryton berlinois.

Le volume consacré à treize Lieder de Félix Mendelssohn nous ramène à l’esprit schubertien que le chanteur a si bien exprimé, tout au long de sa carrière. Les textes sont de différents auteurs du début du XIXe siècle, dont Heinrich Heine, certains poèmes, ici mis en musique, sont anonymes. Mendelssohn n’était que de douze ans le cadet de Schubert, l’un et l’autre ne devaient pas dépasser la trentaine. Une perte immense dans l’histoire de la musique….

La mélodie française, en particulier le répertoire debussyste, ne pouvait qu’attirer un interprète aussi épris de poésie que Dietrich Fischer-Dieskau. Nous nous réjouissons donc de disposer, ici d’un ensemble de dix-neuf mélodies : celles-ci sont écrites, essentiellement, sur des textes de Baudelaire, Paul Bourget et, surtout, de Verlaine, dont la première série des «Fêtes galantes», composée en 1891-92, à la veille de l’éclosion des premiers grands chefs-d’œuvre, tels que «Le prélude à l’après-midi d’un faune». Cet enregistrement de 1988 est une pièce maîtresse du testament vocal de l’artiste. Quel exceptionnel Pelléas eût été, n’en doutons pas, Fischer-Dieskau !


Othmar Schoeck est un compositeur helvétique né en 1886 et disparu en 1957. Il est à peu près un contemporain de Stravinski, Klemperer et Furtwängler. Formé à Leipzig par Max Reger, il subit des influences aussi diverses que celles de Busoni, Honegger, Alban Berg. Sa carrière de Directeur de la musique se déroula essentiellement à Zürich et à Saint-Gall. Une apparition malencontreuse à Berlin, en 1943, devait provoquer un scandale dans l’opinion suisse, bien que le musicien ne fût pas nazi.

Schoeck est pratiquement inconnu en dehors du monde germanique. Comme compositeur, il a privilégié la musique vocale, en particulier, le Lied, dans la grande tradition du romantisme allemand, avec, cependant, quelques audaces d’écriture qui le rattachent à la première moitié du XXe siècle. Le CD titré «Untern Sternen -Sous les étoiles,» comporte vingt-trois Lieder écrits sur des poèmes de Gottfried Keller. Le double album intitulé «Das Holde Bescheiden -La juste mesure», contient les quarante Lieder d’un cycle composé à partir de l’œuvre du poète souabe, Eduard Mörike qui vécut de 1804 à 1875. Fischer-Dieskau y alterne avec la mezzo japonaise Mitsuko Shirai.

Ces dernières réalisations nous rappellent l’intérêt que Fischer-Dieskau, grand interprète de Wozzeck, portait à la musique du XXe siècle. Il s’y révèle ici en défricheur d’œuvres méconnues. Ces trois CD intéresseront d’abord les germanistes et les amoureux de la poésie allemande que le baryton a si bien servie tout au long de sa carrière.

Grâce soit rendu au label suisse Claves pour avoir préservé un legs musical et vocal d’une telle maturation et élévation artistiques.

Jean-Pierre Pister


Ces 4 CD sont produits par la maison d’édition phonographique CLAVES


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