Un événement exceptionnel, une exposition de première grandeur, le Centre Pompidou-Metz présente dans sa grande nef, la Galerie 2, sur une surface de près de 1200m2 une exposition rétrospective des dessins muraux monumentaux de Sol Lewitt, ( 1928-2007), l’initiateur de l’art conceptuel.

Un ensemble de trente-trois dessins muraux sélectionnés parmi les 1200 wall drawings des collections privées ou des musées des Usa, de Suisse, d’Espagne, d’Israël, de Nouvelle-Zélande et de France.

SOL LEWITT.

Dessins muraux , de 1968 à 2007.

Centre Pompidou-Metz.

jusqu’au 29 juillet 2013.


Tout au long du XXème, si riche il convient de le souligner en mouvements artistiques et cela dans tous les domaines de la création (musique, peinture, poésie, littérature, théâtre etc.), la réflexion sur le sens de l’art et de la création a interpelé les artistes. Les événements historiques ( Guerres mondiales, crise de 29, Shoah, Hiroshima, Nazisme, Communismes, Guerre froide) et les ruptures de société qui apparaissent servent de déclencheurs à des remises en cause passionnées, philosophiques, sociétales ou politiques.

Le mouvement Dada et le surréalisme avaient posé les jalons, Picasso très tôt dans le siècle avait déjà exploré la forme et conduit l’art vers une impasse. Malevitch avec le suprématisme et la recherche de la forme pure ( «Carré blanc sur fond blanc» 1918 ) essaya de se dégager de la représentation du monde et s’engagea dans une abstraction limitée aux formes et qui vira vers une quête mystique et vaine ; le musicologue Adorno estimait qu’écrire de la poésie après Auschwitz n’était plus possible, «était barbare»,pour reprendre ses termes, quant au mouvement abstrait si prolifique et diversifié, il s’éloignait tout autant et par définition même, du sens et de la représentation.

La recherche du sens transcende les différentes approches artistiques, bien plus elle s’insinue dans tout ce qui est constitutif de la dynamique créative dans ses aspects notamment scientifiques et culturels (médecine, philosophie, psychanalyse, recherche scientifique). Les artistes du vingtième siècle deviendront un peu plus des médiateurs de la société pour réfléchir à une problématique qui devrait appartenir à tous, à chacun d’entre nous et dont il semble que le renoncement à cette éthique en soi forme hélas le cadre de nos sociétés et de nos horizons contemporains. La transmutation des rôles surprend.

La mise en exergue de l’idée même d’art conceptuel en tous cas son identification sous ce terme remonte aux années soixante et se fonde avec le minimalisme dont chacun des termes constituent entre eux de mutuels prolégomènes.

L ‘ A R T C O N C E P T U E L

Pour ce qui concerne l’art conceptuel, et tout particulièrement Sol LeWitt, le désir de s’affranchir de la tradition, du sentiment conduit les artistes à inventer de nouvelles approches, de créer de nouveaux alphabets formels, d’explorer par une invention systémique, un univers qui transcende le concept, c’est à dire l’idée, au détriment de l’oeuvre qui devient secondaire. L’analyse de l’oeuvre a préséance sur l’oeuvre elle-même. Ainsi s’exprime une certaine austérité à vision quasi industrielle et de spiritualité toute puritaine. La représentation mentale, voire cérébrale est privilégiée ( on pense notamment dans le tracé de certaines oeuvres aux réseaux neuronaux, à l’imagerie tissulaire microscopique ou aux schémas d’installations électriques )

L’art appartient au domaine de l’intellect et son inventivité n’a nul besoin de s’exprimer sous forme physique

«  Je qualifierai de « concept art » le genre artistique dans lequel je me suis engagé, disait LeWitt. Lorsqu’un artiste utilise une forme conceptuelle, cela signifie que toute la programmation et les décisions sont faites à l’avance et que l’exécution est une affaire de pure forme. L’idée devient une machine qui produit l’art.  »

La liberté demeure celle de l’artiste qui détermine les modalités structurantes de son oeuvre, au delà de cela elle peut être créée et reproduite sur la base de diagrammes impératifs par des assistants qui fusionneront à travers l’oeuvre à créer, et les exigences de l’artiste, et leur talent personnel et le « cahier des charges » d’une oeuvre sérielle qu’ils ont à exécuter( cf. infra), mais c’est aussi la liberté du spectateur, c’est à dire de celui qui regarde l’oeuvre et n’est soumis ni à une exigence de sens, ni à la volonté de l’artiste, ni au moule de la tradition. L’art conceptuel se veut avant tout une propédeutique que l’artiste commence à opposer à lui-même..

Pierre-Alain Lévy


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Visite guidée : les dessins muraux de Sol LeWitt… par telerama


PRÉSENTATION DE L’EXPOSITION SOL LEWITT AU CENTRE POMPIDOU-METZ

La grande majorité des dessins furent conçus pour être effectués par d’autres que l’artiste : assistants professionnels habilités par l’atelier de LeWitt et dessinateurs débutants sont invités à suivre les instructions et diagrammes mis au point par LeWitt. Comme énoncé par l’artiste en 1967, l’idée et le concept priment sur l’exécution. À l’instar de musiciens interprétants une partition, les dessinateurs exécutent ainsi à leur manière les formules géométriques indiquées par LeWitt, dans le respect de l’oeuvre énoncée.

Les dessins muraux de LeWitt sont fondés sur:

– un vocabulaire de départ restreint avec des formes géométriques élémentaires: ligne droite ou non droite, ligne brisée, carré, grille, arc de cercle…

– une évolution du vocabulaire vers des formes plus irrégulières et complexes telles les courbes, les boucles, et une évolution du traitement avec l’emploi du crayon à mine, du pastel gras, de l’encre de Chine, de la peinture acrylique ou encore du graphite.

L’artiste n’a cessé d’explorer toutes les combinaisons possibles de systèmes finis (il n’a jamais travaillé sur la notion d’infini) où la répétition de formes et modules est conçue comme un récit à part entière

La scénographie de l’exposition est conforme aux principes de l’artiste, réalisée par Cecile Degos, elle est fondée sur:

– un calepinage strict sur la base d’un module précis ( opération qui consiste à noter précisément les mesures et les agencements d’éléments) décliné de manière systématique dans toute la Galerie 2,

– une définition du format général des murs en fonction de la nature des dessins ( la plupart s’inscrivent dans un carré et occupent la totalité du mur), les dimensions générales des dessins étant déterminées en retour par la hauteur des murs (sauf rare exception)

– une très grande attention portée aux proportions et à leur perception;

– un parcours fluide plus ouvert côté Sud et d’espaces plus fermés et de nature diverse côté Nord

La préparation des murs

Les murs constituant le support même des dessins muraux de muraux de Sol LeWitt ils font l’objet d’une préparation particulière conformément aux préconisations de l’artiste . La préparation des murs consiste en de nombreuses couches de primaire et de peinture. Afin d’en optimiser le résultat, les applications varient selon les techniques des dessins muraux (crayon à mine, pastel gras, lavis d’encre, peinture acrylique et graphite)

Au Centre Pompidou-Metz, les murs recevant des dessins au crayon à mine ont été enduits d’une fine couche de plâtre; poncés puis essuyés pour enlever tout résidu ou poussière; deux couches de primaire suivies de trois couches de peinture blanche ont été appliquées au rouleau, puis poncés de nouveau afin d’obtenir une surface parfaitement lisse

Le choix de dessins en noir et blanc procède d’un choix voulu par le Centre Pompidou-Metz,

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Sol LeWitt Wall Drawing #1171 from Jackadam on Vimeo.

Un partenariat réalisé avec les Écoles d’art, soixante cinq étudiants issus de l’ École supérieure d’art de Lorraine, Metz-Épinal, L’ENSarchitecture de Nancy, l’École nationale supérieure d’art de Nancy, l’ESAD de Reims/École supérieure d’art et de design ainsi qu’une équipe de jeunes artistes diplômés et de sept assistants professionnels


Le M-Museum de LOUVAIN ( Leuwen), en Belgique, présentera du 21 juin au 14 octobre 2012, en coopération avec le Centre Pompidou-Metz une exposition intitulée Sol LEWIIT COLORS juste pendant de celle réalisée à Metz et qui montrera les dessins muraux en couleur du peintre.


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