Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau,

Avec mon être entier tendu comme un flambeau

Vers ta bonté et vers ta charité

Sans cesse inassouvies,

Je t’aime et te louange et je te remercie

D’être venue, un jour, si simplement,

Par les chemins du dévouement,

Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.


Depuis ce jour,

Je sais, oh ! quel amour

Candide et clair ainsi que la rosée

Tombe de toi sur mon âme tranquillisée.


Je me sens tien, par tous les liens brûlants

Qui rattachent à leur brasier les flammes ;

Toute ma chair, toute mon âme

Monte vers toi, d’un inlassable élan ;

Je ne cesse de longuement me souvenir

De ta ferveur profonde et de ton charme,

Si bien que, tout à coup, je sens mes yeux s’emplir,

Délicieusement, d’inoubliables larmes.


Et je m’en viens vers toi, heureux et recueilli,

Avec le désir fier d’être à jamais celui

Qui t’est et te sera la plus sûre des joies.

Toute notre tendresse autour de nous flamboie ;

Tout écho de mon être à ton appel répond ;

L’heure est unique et d’extase solennisée

Et mes doigts sont tremblants, rien qu’à frôler ton front,

Comme s’ils y touchaient l’aile de tes pensées.


Émile VERHAEREN ( 1885-1916)


Illustration. Portrait par Theo van Rysselberghe


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