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Les poètes sont l’âme de la Russie. Sergueï Alexandrovitch Essénine est de ceux là. Il est né en 1895 à Riazan au sein au sein d’une famille de paysans. Après des études pour devenir instituteur il commence rapidement à écrire, fréquente les cercles littéraires, s’enthousiasme pour la révolution russe débutante.

Sa vie sentimentale est pour le moins généreuse, libre, hédoniste, débauchée et passionnée. Après deux mariages avec plusieurs enfants il épousera la danseuse Isadora Duncan voyagera avec elle en Amérique et en Europe, séjournera à Paris, il y sera même soigné un temps dans un hopital psychiatrique du fait de son alcoolisme (ses amis disaient de lui que lorsqu’il écrivait il était toujours sobre).

De nombreux artistes et poètes russes qui s’étaient grisés pour la révolution soviétique déchantent et marquent leur opposition au système oppressif et tyrannique qui se met en place, un grand nombre sera fusillé, déporté, d’autres auront la chance de pouvoir quitter la «mère-patrie» tel Gorki.

Essénine à plusieurs reprises avait manifesté son aversion sur la dérive totalitaire du régime. Séparé dés 1923 d’avec Isadora Duncan, il mènera une vie erratique et rimbaldienne. Il sera retrouvé pendu dans sa chambre d’Hotel à Léningrad le 28 décembre 1925. On retrouvera à proximité de lui un poème d’adieu écrit avec son sang. Les sbires de la Guépéou étaient dans l’ hôtel. Suicide ou assassinat politique, sa mort est troublante et de nombreux indices suspects entretiennent encore aujourd’hui le mystère.

Le régime lui fera des funérailles nationales. Plusieurs années après viendra le temps des attaques et des invectives staliniennes

L’oeuvre d’Essenine a été traduite en français

Pierre-Alain Lévy



Lettre à ma mère


Tu es là, tu vis, ma petite vieille,

Je te salue bien, moi aussi, je vis,

Que vienne resplendir sur ta chaumière

La lumière ineffable de jadis !


On m’a raconté, que cachant tes doutes,

Tu t’inquiètes fort à mon propos,

Que tu vas souvent, sur la grande route,

Engoncée dans ton vieux caraco.


On me dit, aussi, que la nuit tu rêves

A mes nuits, aux rixes des tripots,

Que tu vois souvent un bandit qui lève

Sur ton fils la lame d’un couteau.


Ce n’est rien, rassure toi, chérie,

Tout cela n’est rien qu’un cauchemar.

Mon âme n’est pas à ce point pourrie

Que je puisse crever sans te revoir !


Non, je suis toujours le même, un tendre.

Et je n’ai qu’un seul désir au cœur :

Quitter ce bourbier et ces méandres,

Revoir la maison basse du bonheur.


Je viendrai, quand ouvrira ses branches

Le jardin, au souffle du printemps,

Si tu me promets que les dimanches

Tu me laisseras dormir mon content.


Ne réveille pas les choses mortes,

Ne ranime pas les vains espoirs.

J’ai joué trop tôt ma vie – qu’importe !

Je suis déjà las – faut pas m’en vouloir.


Ne viens pas m’apprendre la prière,

C’est fini, sans espoir de retour.

C’est de toi que me vient la lumière,

De toi seule, la joie et le secours.


Oublie, donc, tes craintes et tes doutes,

Ne t’attriste pas à mon propos.

Ne va pas guetter sur la grande route,

Engoncée dans ton vieux caraco.


Сергей Александрович ЕсенинSerguei Alexandrovitch Essenine

Traduction Gabriel Arout


Illustration. Sergueï Essenine et Isadora Duncan

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Essenine éternel


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