Invocation à la Momie


Ces narines d’os et de peau

par où commencent les ténèbres

de l’absolu, et la peinture de ces lèvres

que tu fermes comme un rideau

Et cet or que te glisse en rêve

la vie qui te dépouille d’os,

et les fleurs de ce regard faux

par où tu rejoins la lumière

Momie, et ces mains de fuseaux

pour te retourner les entrailles,

ces mains où l’ombre épouvantable

prend la figure d’un oiseau

Tout cela dont s’orne la mort

comme d’un rite aléatoire,

ce papotage d’ombres, et l’or

où nagent tes entrailles noires

C’est par là que je te rejoins,

par la route calcinée des veines,

et ton or est comme ma peine

le pire et le plus sûr témoin.

Antonin ARTAUD. (1896-1948)

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