Pendant longtemps ce poème d’Alfred de Musset, « Les Filles de Loth » fut considéré comme appartenant à l’Enfer de la littérature érotique. Si le sujet peut à l’évidence être considéré comme scabreux, les relations incestueuses entre un père et ses filles,(le thème provient de la Bible et à ce titre appartient au patrimoine intellectuel universel ), son exploitation poétique par Alfred de Musset est la conséquence d’un défit que George Sand présenta à Victor Hugo et à Musset permettant à celui d’entre eux qui ferait le poème le plus obscène, de devenir son amant. Hugo écrivit un poème intitulé  » Merde » dont on a perdu la trace et qui selon certains témoins eût été plus fort que celui de Musset qui cependant comme chacun sait devint pour quelque temps l’heureux élu du coeur de la jolie dame de Rohan avant qu’elle ne s’offrit à d’autres bras comme ceux de Chopin.

Nous observerons sans nulle pudibonderie qu’Alfred de Musset a su avec un vrai talent dérouler toute une histoire où il cisèle avec des images on ne peut plus suggestives et des mots placés là pour émoustiller, des situations déviantes dans toute la crudité que seule sa verve poétique et sa facilité littéraire transcendent au-delà du bien et du mal pour ce qu’il faut bien à l’évidence nommer le plus grand plaisir du lecteur.

P-A L



Le vieux Loth ronflait au fond de sa caverne ;

Assises à côté d’une pâle lanterne,

Ses deux filles en pleurs se rappelaient tout bas

Les plaisirs de Sodome et ne s’endormaient pas.

L’aînée avait vingt ans, une figure altière,

L’œil bleu et des cheveux rejetés en arrière,

Des trésors sous sa robe et des doigts exercés…

La plus jeune était blonde, avait seize ans passés,

Des fruits s’arrondissaient sur sa blanche poitrine

Et son poil frissonnait où l’esprit le devine ;

Les yeux pleins de langueur et de timidité

Cachaient sous leurs cils d’or l’ardente volupté.

Vierges ! Comprenez que deux filles à cet âge

N’ont pas quitté Sodome avec leur pucelage.

Elles avaient goûté le breuvage amoureux,

Et leur soif insatiable avait fait des heureux,

Jusqu’au jour redouté du divin châtiment,

Leur vie entière fut détruite en un moment,

Tous les hommes perdus, car il n’en restait pas

Qui pussent désormais jouir de leurs appas !

D’où viendra la rosée à leur bouche altérée ? …

« Ne pleure pas ma sœur, ma sœur, que ton âme éplorée

Retrouve quelque espoir. Tiens ! Déshabillons-nous,

J’ai trouvé pour jouir, un moyen simple et doux. »

Ainsi parla l’aînée. Déboutonnant sa robe,

Elle montre à sa sœur, avec un double globe

Un ventre satiné qui se trouve en bas

Par un petit triangle couvert de poils ras,

Noirs comme de l’ébène, et doux comme de la soie,

Sarah sourit, s’approche et écarte avec joie

Les lèvres de la trousse, ainsi les vieux Hébreux

Nommaient l’endroit charmant qui les rendait heureux.

 » Que faut-il faire Agass ? – Du bout de ton doigt rose,

Chatouille-moi – J’y suis, attends que je me pose

Pour que mon doux bouton s’érige sous ton doigt

Et que j’écarte les cuisses comme toi.  »

Et sous leur main, servie d’une amoureuse ivresse,

La symphyse se gonfle et palpite et se dresse.

Enfin n’en pouvant plus et d’amour se pâmant,

Agass donne à sa sœur un doux baiser d’amant.

Mais celle-ci lui dit :  » Faisons mieux, ma charmante

Remplaçons notre doigt à la place amusante

Par une langue agile ; et tu verras, ma sœur

Que nos attouchements auront plus de douceur.

Oui, sur ton petit ventre, attends que je me couche,

Ta bouche sur mes lèvres, ton poil dans ma bouche

Qu’une douce langue chatouille en l’excitant

Notre bouton de rose encore tout palpitant.

Que nos corps enlacés se tordent et se roulent,

Que le jus de l’amour sur nos cuisses s’écoule.  »

Sitôt dit, sitôt fait, et bientôt ce doux jeu

Arrose leur trésor d’un liquide onctueux.

Mais ce sperme infécond ne rappelle les hommes

Que de manière vague.  » Ah ! Sottes que nous sommes,

A quoi rêvons-nous donc quand on a ce qu’il nous faut :

Notre père est bien vieux, mais il est encore chaud.

Il peut bander encor quand les femmes sont belles,

Bien heureux qu’il n’ait pas affaire à des pucelles.

Mais il ne voudra pas, tant il est scrupuleux,

Nous donner la bouteille où jadis toutes deux

Avons puisé la vie,… où notre pauvre ère,

Allait remplir ses fleurs, teindre son cratère.

Tâchons de l’enivrer, il aime le bon vin,

Et s’il veut nous baiser, sauvons le genre humain…  »

Chacune sur le chef portait un grand voile noir ;

Loth avec sa lanterne, a demandé, hagard :

 » A qui sont ces tétons dont la blancheur rayonne ?

Ces globes opalins, dont la pointe frissonne ?  »

Il jette sur Agass des regards polissons,

Ecoute en soupirant les charmeuses chansons

Qu’ensemble ont commencé ses filles toutes nues,

Il croit être à Sodome et, sur ses propres filles

Haletant de planter le bâton de famille,

Il s’élance soudain. Agass l’avait prévu.

Au ventre paternel, elle saisit tout nu

Le membre recherché par l’ensemble des femmes

S’aperçoit qu’il faut encore qu’elle l’enflamme,

Et, pour mieux en jouir, elle roule à la main

L’instrument qui doit féconder le genre humain.

 » J’enfanterai, dit-elle, et pour être plus sûre

Adoptons pour jouir la meilleure posture.  »

Elle tombe à genoux, découvre son cul blanc ;

Le vieux Loth inclinant la tête et s’approchant

Voit le cul : Oh ! Jeune Femme ! Oh ! ma toute belle »,

Dit-il alors, jetant ses deux bras autour d’elle.

Agass, poussant le cul, accroît le mouvement

Car elle connaissait l’effet du frottement.

Elle se sent mouiller. Aucune jouissance

N’a pourtant assouvi sa brutale espérance.

Un soupir la saisit ; elle porte la main

Je ne sais où.  » Tu n’es pas dans le bon chemin,

C’est à recommencer « , dit-elle à son vieux père.

Et l’ivrogne à nouveau recommence l’affaire ?

En craignant de manquer, il se laisse guider

A travers les replis qu’il devra féconder.

Agass tressaille. Enfin tout son beau corps frissonne ;

Les os ont craqué. Le père Loth s’en étonne

 » Qu’as-tu donc ? Mon enfant : va donc que je jouisse !

Si je m’en suis douté, que le ciel m’engloutisse !  »

Dit le vieux Loth. Agass dit alors à sa sœur :

 » Viens goûter à ton tour la divine liqueur.  »

L’autre aussitôt s’approche et dans ses douces cuisses

Elle montre à son père un doux nid de délices.

Elle chatouille alors les couilles du taureau,

Prend l’arme tout à coup et la met au fourreau.

Entre ses blanches mains, saisit la vieille épée

Pour la faire entrer plus grosse et mieux trempée.

Enfin elle se pâme, laisse tomber ses bras,

Le sceptre paternel inondant ses appas.

 » Gloire à Dieu  » se dit-elle,  » à présent j’ai conçu.  »

Loth, en se réveillant n’avait rien vu, ni su.


Alfred de MUSSET (1810-1857)


Illustration: « Les Filles de Loth ». Simon Vouet. (1590-1649). Tableau peint en1633. Musée des Beaux Arts de Strasbourg


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