Metz est une ville bien singulière, ancienne ville de marches et de garnison, au coeur d’un pays lorrain qui a saigné et qui a souffert au cours des siècles, des guerres et des invasions, ville d’histoire dont les origines sont fort anciennes tracées déjà à l’âge de bronze puis bien après à l’antiquité romaine, Metz se définit avant toute chose par son identité musicale.

Si l’École de Notre-Dame à Paris est constitutive de l’histoire de la musique occidentale, l’École de Metz n’est pas en reste et dès le haut Moyen-Âge au VIII ème siècle, à quelques pas de ce qui deviendra la cathédrale Saint Etienne, là où aujourd’hui se dresse l’Hôtel de ville, les clercs et les chantres travaillaient à l’écriture du chant grégorien, « le chant Metensis » si bien nommé. La musique baroque est aussi chez elle dans ce pays mosellan qui connut la naissance de Henri Desmarets ou de de Boismortier et l’on se déplace à travers toute la Lorraine, de Sarrebourg à Metz pour la célébrer et écouter Le Concert Lorrain.

Surprenante ville où la musique sonne de tous ses arpèges comme bruissent les feuilles des tilleuls au gré du vent. Il est intéressant d’observer que dans un tel cadre des musiciens de grand talent y sont nés ou y ont vécu, tels Ambroise Thomas dont on fêtera très bientôt le bicentenaire de la naissance ( Wukali consacrera toute une série d’articles), Théodore Gouvy qui fit ses études au collège Impérial et dont l’oeuvre sort peu à peu de l’ombre, Gabriel Pierné à qui l’ont doit de si belles pièces d’orgue, ou notre contemporain le compositeur Pascal Dusapin, né à Nancy mais ancien élève du lycée Fabert, et dont le catalogue des oeuvres est particulièrement riche et brillant. Mentionnons dans un genre si proche Verlaine qui proclamait dans un vers devenu fameux  » de la musique avant toute chose  »

Au dix-neuvième siècle et plus tard, le paternalisme industriel lorrain, comme celui du Nord, a permis le développement d’écoles de musique et d’harmonies, et cet héritage de la musique populaire de qualité demeure vivace, formant des générations d’amateurs musiciens talentueux répandant autour d’eux le goût pour les instruments et le plaisir de jouer.

La musique ne peut pas exister sans professionnels de la musique, un public mélomane, des écoles de musique ou des Conservatoires avec leur élèves-étudiants et professeurs, des techniciens spécialisés dans les factures bois, cordes ou vents et il va de soi des institutions.

Victoires de la Musique Classique à l’Arsenal de Metz

Metz est choyé de ce point de vue là, observons : L’Orchestre National de Lorraine, brillant orchestre dirigé par son si sémillant chef Jacques Mercier, et dont les répertoires sont intelligents et éclectiques, l’Opéra-Théâtre de Metz le plus ancien opéra de France aujourd’hui sous la houlette artistique de Paul-Emile Fourny, qui nous réserve d’agréables surprises, un Conservatoire National de Région fort de plusieurs centaines d’étudiants, des écoles de musique privées renommées telle celle du Sablon, des ensembles et des formations musicales diverses couvrant tout le spectre du répertoire allant du chant grégorien avec l’ensemble Scola Metensis dirigé par Marie-Reine et Christian-Jacques Demollière ou l’ensemble Stravinsky pour la musique de notre temps, qu’anime Jean-Pierre Pinet, sans parler des divers choeurs de niveau professionnel tels l’ALAM, la Chorale CHALOM ou d’autres. Navré de ne point tous les nommer tant ils sont nombreux et de qualité, mais nous y reviendrons bien entendu. L’élan apporté par Moselle Arts Vivants au rayonnement de la musique en Lorraine n’est pas mince

Les lieux de la musique

Qui ne connait point la salle de concert de l’ARSENAL, aménagée à l’emplacement d’un bâtiment militaire éponyme, et dont l’architecture est due à Ricardo Bofill , cet artiste catalan dont le goût pour un style néoclassique réaménagé se marie fort bien avec le génie du lieu. Mistlav Rostropovitch, «Rostro» pour ses admirateurs (et j’en suis), ne disait-il point lors de l’inauguration, que cette salle, toute lambrissée de bois de sycomore, avait une des meilleures acoustiques du monde. Ce n’est donc point un hasard si de nos jours, hors concerts, elle sert aussi de studio pour l’enregistrements de maintes oeuvres par de nombreuses formations, sa qualité est indubitablement une référence universellement appréciée

L’Arsenal a aussi des partenariats privilégiés avec de grands artistes, interprètes, compositeurs ou chorégraphes. Nathalie Stutzman, contre-alto et chef d’orchestre et son ensemble Orphéo55 y sont pour la deuxième année en résidence, tout comme le fut naguère le compositeur Philippe Leroux

Les plus brillants orchestres, ensembles de musique de chambre, chefs et solistes viennent s’y produire.

La saison musicale 2011-2012 s’annonce très prometteuse ( voir programme sur WUKALI)

L’Opéra-Théâtre

Preuve minérale et vibrante de l’ancienneté de l’identité musicale de Metz, l’Opéra-Théâtre de Metz est le premier opéra à avoir été construit en France, sa construction remonte au XVIIIème siècle

L’Opéra Théâtre possède une identité sui generis, en effet placé sous la houlette du comité d’agglomération de Metz-Métropole et membre de la réunion des Opéras de France, il possède un choeur d’opéra ainsi qu’un corps de ballet, par ailleurs il dispose d’un atelier où sont produits costumes et décors ce qui somme toute est assez rare

En peu de temps, dans l’une et l’autre gestion municipale plusieurs directeurs ont successivement pris les rênes de cet établissement et imprimé leurs marques à la gestion comme à la programmation des spectacles. Bien sûr à chaque fois des sensibilités différentes pour le moins ont exprimé critiques et états d’âme. Ce phénomène est universel tant l’art lyrique suscite la passion dans son implication dans la vie culturelle locale et les tutelles dont il dépend.

Paul-Emile Fourny, le tout nouveau directeur artistique de l’Opéra-Théâtre vient de prendre ses fonctions et s’attelle aux programmations pour les années à venir; il est auréolé de la gloire de ses précédentes mises en scène et créations à travers le monde, sa » Jeanne au bûcher » jouée à l’Opéra de Nice avait été unanimement remarquée et saluée par la critique

La programmation 2011-2012 (due à Eric Chevalier, le précédent directeur artistique,) a séduit les amoureux de Verdi dans un Falstaff, plein de fantaisie, fort bien interprété par une pléiade d’artistes accompagnés par l’Orchestre National de Lorraine dirigé par Gian Rosario Presutti. La mise en scène joyeuse de Jean-Louis Grinda montée à l’origine pour l’Opéra de Monte Carlo a conquis le public messin

Autre moment fort prévu dans les semaines à venir : la création de Francesca da Rimini d’Ambroise Thomas dont on va commémorer le bicentenaire ( 18, 20 et 22 Novembre)

Le Cercle Lyrique de Metz

Cette association rassemble des amoureux de l’opéra, des mélomanes chevronnés, des amateurs du bel canto et de la scène. Fondé voila plus de trente ans par Daniel Vorms et présidé aujourd’hui par Georges Masson le Cercle Lyrique ( Cliquer ici)->http://www.associationlyriquemetz.com/] a pour objet de promouvoir, valoriser et pérenniser l’art lyrique . Il est un des piliers de la passion et de l’amour de la musique à Metz.

La cathédrale Saint Etienne

Point focal de la ville, et terminée au tout début du XVI ème siècle, elle surplombe la Moselle, bien posée face à la Place d’Armes, fière de sa vêture de pierre toute irisée d’or, de ses tours, de ses somptueux vitraux (plus de 6500m2) comme un beau livre d’art réunissant verriers et artisans du XVème siècle aux artistes les plus proches de notre époque, Marc Chagall ou Jacques Villon, elle accueille de nombreux concerts (ONL, Percussions de Strasbourg …) et rassemble des publics impressionnants.

La Maîtrise de la cathédrale revivifie la tradition du chant chorale, en dehors de ses activités au service de la liturgie elle participe à de nombreux événements musicaux dont en particulier le tout nouveau « Printemps des maîtrises »

Le Centre Pompidou-Metz devient peu à peu un site qualifié et sert d’écrin pour la présentation de manifestations à fort potentiel culturel et musical.

Les organisateurs de concert

Ils participent à part entière à l’excellence musicale messine et proposent au fil des saisons des programmes et des Festivals de grande tenue, Festival des Voix Sacrées, Le Salon de Musique, les Journées européennes de la culture juive en Lorraine, Le Festival de Musique Romantique en Moselle.

Quel dommage que le Festival Acanthes, festival créé par Claude Samuel, Radio-France et l’Ircam et qui rassemblait la fine fleur internationale des compositeurs dans le domaine de la musique contemporaine ait du décider de mettre fin à partir de 2012 à sa présence dans la ville au mois de juillet faute de financements et de solidarités suffisants. On y côtoyait des musiciens et des interprètes, professeurs et stagiaires venus des Amériques du nord et du sud, du Japon ou de Corée, ainsi que de toute l’Europe, en stage à Metz sous la houlette de grands compositeurs et interprètes.

Le festival Acanthe, interview de Claude Samuel.

Quel gâchis, alors que la musique et les arts en général sont de fabuleux vecteurs de communication et des médiateurs exemplaires dont le rayonnement dépasse de très loin leur zone d’expression spécifique et qu’une puissante synergie avec les activités du Centre Pompidou eût été plus que possible, indispensable, il est plus que regrettable qu’une stratégie de mécénat plus ample et plus dynamique n’ait point vu le jour !

La création contemporaine

Signe de la vitalité musicale à Metz, les premières mondiales ne sont pas rares pour le plus grand plaisir des mélomanes.

D’autres horizons musicaux, d’autres patrimoines sont aussi joués à l’occasion de festivals tels « Passages » ou « Le Festival Nomade » l’un et l’autre nouvellement installés à Metz.

Dhakabraka. Groupe ukrainien. Festival Passages 2011. Metz

Une salle consacrée aux “musiques actuelles” la BAM » ( pour Boîte à musique ) va ouvrir en 2012, à Borny dans un quartier périphérique de Metz en profonde mutation. Son architecture est signée Rudy Ricciotti qui a imaginé des parois de béton blanc alvéolées permettant à la lumière d’inonder l’espace intérieur. Que nous réserve ce nouveau lieu, soyons patients !

Autre lieu, Les Trinitaires, ce fut une scène autrefois fameuse dans le monde du Jazz, hélas elle a perdu de son aura et peine à retrouver des programmations homogènes.

L’excellence musicale déborde bien sûr bien au delà des limites administratives de la ville et dans un périmètre voisin l’on se doit de signaler l’excellent Marly Jazz Festival qui s’affirme de mieux en mieux année après année parmi les meilleures festivals français de Jazz, avec une programmation soignée et dont Wukali a déjà fait écho et les « Journées du saxophone » à Montigny les Metz créées par Hubert Prati unanimement appréciées par les musiciens, les élèves des Conservatoires et leurs professeurs et tous les laudateurs et autres passionnés de l’instrument.

« Cécile !  » comme chanterait Nougaro et nous tous en choeur … !

Pierre-Alain Lévy




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