«Blason du beau tétin»

Tétin refait, plus blanc qu’un oeuf,

Tétin de satin blanc tout neuf,

Tétin qui fait honte à la rose,

Tétin plus beau que nulle chose,

Tétint dur, non pas tétin, voire,

Mais petite boule d’ivoire,

Au milieu duquel est assise

Une fraise, ou une cerise,

Que nul ne voit, ne touche aussi

Mais je gage qu’il est ainsi.

Tétin donc au petit bout rouge,

Tétin qui jamais ne se bouge,

Soit pour venir, soit pour aller,

Soit pour courir, soit pour baller.

Tétin gauche, tétin mignon,

Toujours loin de mon compagnon,

Tétin qui porte témoignage

Du demeurant du personnage.

Quand on te voit, il vient à maint

Une envie dedans les mains

De te tâter, de te tenir;

Mais il se faut bien contenir

D’en approcher, bon gré ma vie,

Car il viendrait une autre envie.

Ô tétin ni grand, ni petit,

Tétin mûr, tétin d’appétit,

Tétins qui nuit et jour criez :

« Mariez-moi tôt, mariez ! »

Tétin qui t’enfle, et repousses

Ton gorgerin de deux bons pouces,

A bon droit heureux on dira

Celui qui de lait t’emplira
,
Faisant d’un tétin de pucelle

Tétin de femme entière et belle.



Clément MAROT
(1496-1544)


Mis en musique par Clément Janequin ( 1485-1558)

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Illustration du poème:

Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et de sa soeur la duchesse de Villars
vers 1594. Ecole de Fontainebleau
© Musée du Louvre

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