Au moment où parait la revue « Questions Internationales » consacrée à l’Afghanistan et dont nous nous apprêtions à présenter le sommaire , dans le même temps dans les montagnes afghanes sept militaires français meurent dramatiquement dans la région de la Kapisa près de Kaboul.

Pour leurs rendre hommage et réfléchir à ce qui se passe dans ces montagnes si près du toit du monde, Wukali a demandé à Gilles van Grasdorff, de donner ses impressions sur la situation dans ce pays. Voici son second papier.

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AfPak (2). Une paix impossible .


Par Gilles Van Grasdorff

La mort de six soldats français, la veille de la fête nationale du 14 juillet, porte à 70 le nombre de militaires tués en Afghanistan depuis le début de l’opération alliée.

Alors que le président Sarkozy annonce un désengagement militaire progressif entre 2012 et 2014 au profit de « l’économique », force est de s’interroger si la paix est possible dans cette partie du monde.

Etat des lieux.

C’est en 2004 que la France a pris la tête du commandement tournant de la Force internationale d’assistance à la sécurité. Deux ans plus tard, elle dirige, pendant huit mois, le commandement régional de l’OTAN, dans la région de Kaboul. Entre 2006 et 2007, l’effort français se concentre sur la formation des forces spéciales afghanes. Un détachement aérien s’installe, en 2007, à Kandahar.

Dès 2008, la France s’implique davantage. Elle déploie ses troupes dans l’est du territoire afghan, la région se trouvant sous commandement américain. Il s’agit pour les soldats français de sécuriser la province de Kapisa et le district de Surobi, lequel subit l’emprise des insurgés talibans.

Pas facile, la mission de la France ! Il s’agit, en effet, de soutenir les forces afghanes qui, dans un proche avenir, devront assumer, seules, la sécurité dans la région, en même temps que de stabiliser la province de Kapisa et le district de Surobi, afin d’y instaurer un état de droit. La mort des cinq soldats français lors d’une réunion des chefs tribaux démontre combien la situation est fragile et la sécurité aléatoire dans l’est afghan. Or, la France a prévu de remettre la province de Kapisa aux Afghans en 2012.

Le défi

Le président Karzaï et la société civile sont confrontés aux réalités afghanes. La démocratie dans ce pays paraît être une question bien utopique. La Constitution de 1933 n’y faisait guère mention ; celle de 1964 en faisait état, mais elle ne fut guère appliquée ; depuis 2004 et la présidence Karzaï, les Afghans sont censés bénéficier de lois démocratiques. Que le chemin est long et bordé de pièges !
Clans, tribus, ethnies s’affrontent depuis que l’Afghanistan existe. Une certaine stabilité a vu le jour sous le règne de Zaher Shah (1933-1973). Depuis, le pouvoir communiste, trois décennies de conflits locaux et de guerres intestines ont plongé le pays dans la défiance, tout en attisant les haines. Or, la présence de seigneurs de guerre dans le parlement est source d’insécurité politique. Il est, en effet, impossible de demander aux chefs pachtounes et tadjiks – les deux principales ethnies du pays – et aux minorités ouzbeks, turkmènes ou les Hazaras d’imaginer une politique commune pour sortir le pays de la misère.

C’est l’autre défi de l’Afghanistan : la lutte contre les trafiquants de drogue. 63% de la surface cultivée mondiale de l’opium, 123 000 hectares. Des chiffres colossaux.

La production illicite d’opium alimente les seigneurs de guerre et les belligérants, dans le même temps qu’elle affaiblit le gouvernement du président Karzaï. C’est une économie de guerre. En 1978, l’Afghanistan atteignait une quasi autosuffisance céréalière avec seulement 12% de terres arables.

Après plusieurs décennies de guerres, la production agricole a laissé place aux récoltes d’opium. Aujourd’hui, les Afghans meurent de faim et la production de pavot est purement alimentaire, la production de blé s’étant inexorablement dégradées dans les années 2000.

Dans le numéro de Questions internationales de juillet-août 2011, consacré à l’Afpak, Pierre-Arnaud Chouvy, géographe du CNRS et auteur de Uncovering the Politics of the Poppy (Tauris, Londres, 2009), écrit : « Les opiacés afghans, opium, morphine et héroïne, sont bien sûr loin d’être intégralement consommés dans le pays, même si la consommation, tant d’opium que d’héroïne, y a considérablement augmenté au cours des dernières années. Les opiacés afghans ont longtemps et principalement été exportés via l’Asie du Sud (Pakistan, Inde) et le Moyen-Orient (Iran), à destination de l’Europe mais aussi de l’Afrique. L’Asie centrale, à laquelle est souvent rattachée l’Afghanistan, n’a quant à elle vraiment connu les exportations d’opiacés afghans qu’après l’accès à l’indépendance, en 1991, des ex-républiques soviétiques (Turkménistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizstan, Kazakhstan). »

Autant dire que l’Afghanistan, pauvre et corrompu, est encore loin de la démocratie. Existera-t-elle un jour dans ce pays ? On peut en douter.

G.v.G


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