L’Orientalisme, un mot qui cache bien des ignorances et permet bien des fantasmes. C’est aussi un terme discriminant qui recouvre des styles qui s’opposent.

Organisée conjointement par la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais et la ville de Marseille, ainsi qu’avec le Musée des Beaux-Arts de Bruxelles et la Kunsthalle de Munich, cette exposition présente plus de 120 oeuvres issues des plus grands musées et collections.

Elle est présentée jusqu’au 28 Août 2011 au Musée de la Vieille Charité à Marseille.

Le fantasme d’Orient a traversé l’imaginaire des peintres et des sculpteurs bien avant que sa mode ne se développe au XIX ème siècle. Attrait pour un inconnu lointain, imaginé, fantasmé ou redouté, recomposition d’une culture greco latine transposée, délires oniriques et sensuels, campagne d’Egypte, goût du romanesque exotique, références archéologiques, littéraires et romantiques ( Vivant Denon, Byron, Victor Hugo), actualité de l’époque ( Guerre d’indépendance des Grecs contre les Turcs) l’Orientalisme représente une vision esthétique transversale aux époques et dont le pic se situe tout particulièrement au dix-neuvième siècle.

Si Delacroix lors de son voyage au Maroc en 1832, aura la révélation non seulement de la lumière bien entendu, mais surtout de l’authenticité et de la vérité de l’antiquité grecque ou romaine bien vivante et en mouvement en observant les Arabes qu’il apercevait dans les souks et les douars ( il les comparait à des Caton ou des Socrate), contrastant ainsi avec le Néo-Classicisme de David, figé, lapidaire et statuaire, les artistes qui choisiront des thématiques orientales n’utiliseront la représentation anecdotique ou historiée et les personnages aux caractéristiques vestimentaires bien marquées bien davantage comme un archétype d’illustration et de décor, sans hélas l’exaltation de la couleur, de la vie et du mouvement, et pour tout dire de la puissance.

Les oeuvres de Gérôme, Chassériau, Fromentin et Ingres bien sûr avec ses Odalisques sont très représentatives de cette période.

Le souci de faire couleur locale combine bien souvent des représentations de décors et de détails architecturaux dont l’exactitude topologique est très souvent prise en défaut mélangeant sur une même toile des ornements choisis et disparates trouvés dans les patrimoines architecturaux de différents pays, l’Egypte ou la Turquie notamment ( voir: « Le charmeur de serpent » de J.L Gérôme, Irving et Francine Clark Art Institute, actuellement présenté au Musée des Impressionnistes de Giverny. lire article sur Wukali)

Les impressionnistes comme aussi de nombreux artistes du début du XXème siècle seront aussi tentés par la force esthétique irradiant de l’autre côté de la Méditerranée. Renoir vers la fin de sa vie voyagera en Algérie, Matisse se rendra à Biskra en Algérie et par deux fois au Maroc, il partagera l’émotion qu’avant lui avait ressentie Delacroix au point même de s’inspirer d’un de ses tableaux les plus célèbres, » Femmes d’Alger dans leur intérieur », qu’il considérait “comme peut-être le plus beau tableau de la peinture française” et dont il introduisit des éléments décoratifs dans l’une de ses toiles ( Picasso eut le même engouement pour cette toile de Delacroix, il la prendra d’ailleurs comme exemple et modèle pour quinze peintures)

L’Orientalisme se défie du temps comme de l’espace et connaitra des avatars dans nombreux pays d’Europe. Cependant loin d’être une représentation neutre ou pour le moins rapprochée de sociétés ou de terres lointaines dont il s’alimente, il exprime le plus souvent un imaginaire de bazar au dix-neuvième siècle qui se nourrit de chimères comme de visions érotiques et subliminales, un mirage d’Orient, tandis qu’au siècle suivant le pur souci pictural et la force de la peinture dans l’émotion de la couleur y trouveront leur miel.

Cette exposition particulièrement riche permet de faire le point, et de se situer esthétiquement en confrontant maints artistes de styles différents rassemblés sous une même appellation pour le moins ambigüe.

Pierre-Alain Lévy


L’Orientalisme en Europe. De Delacroix à Matisse

Centre de la Vieille Charité. Marseille

Jusqu’au 28 Août 2011


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