Ils s’appellaient Barnes, Duncan Philipps, Cone, Frick, Stein, J.P Morgan, Rockfeller, Chester Dale, Guggenheim,Dodge, Palmer, Holden, Paul Getty ou Sterling and Francine Clark, bien entendu. Ce sont les Medicis américains, mécènes du XXème siècle, tous fortunés, amateurs chevronnés, passionnés d ‘art, ils voyagèrent en Europe et surtout en France, établirent des collections à faire pâlir et mourir d’envie tous les conservateurs de musées. Grâce à eux la peinture impressionniste et ses plus grands maîtres atteignirent le pinacle de la renommée internationale. Les plus beaux Renoir, Manet, Degas constituent bien souvent le coeur de leurs collections, la renaissance italienne eut aussi à l’évidence leur faveur.


Le Musée des Impressionnistes à Giverny présente du 12 juillet au 31 octobre
une éblouissante sélection de soixante dix chefs d’oeuvre de la peinture française du Sterling and Françine Clark Institute

«Le grand père paternel de Sterling Clark , Edward, jeune avocat , avait été embauché en 1848 par l’indutriel Isaac Merritt Singer pour veiller à la protection légale des améliorations apportées par Singer aux machines à coudre de l’époque, très rapidement ils s’associèrent et dans les années 1850 I.M Singer & Co devint le premier constructeur de machines à coudre au monde, ce succès commercial est notablement du à l’idée de vendre à tempérament, ce qui permettait de rendre accessible l’achat aux consommateur, cette stratégie fut mise en place par E Clark. A sa mort en 1882 Edward Clark laissait à sa famille un héritage de 50 millions de dollars, comptant entre autres, pour chacun de ses petits fils un quartier entier de la cité de Manhattan!»

Cette impressionnante fortune permit à Sterling Clark après de brillantes études qu’il conclut par l’obtention d’un diplôme d’ingénieur à la Sheffield school de Yale, de voyager en Europe puis de s’installer dès 1910 à Paris alors au firmament de son rayonnement. C’est là qu’il rencontra Francine Modzelewska, fille d’un tailleur parisien et sociétaire de la Comédie Française qui deviendra son épouse

Son appartement parisien, Rue Cimarosa, était décoré d’oeuvres de Ruysdael, Van Dyck, Dürer, Millet. La Guerre de 1914-1918 le surprit en France; il servit d’agent de liaison entre les forces françaises et américaines

Son goût sûr et affiné lui fit acheter le meilleur des peintres, il ne possédait pas moins de trente Renoir.

Sa maison en Normandie fut bombardée pendant le Seconde Guerre mondiale. De retour en Amérique, il s’installa tout d’abord à New-York, “le nouvel appartement, écrivit-il, est une véritable “galerie”. Croyez-le ou non, 3 Gérôme, 2 Claude Monnet,un Pisarro, un Mary Cassatt, un Ziem, un Madrazco, un Sisley, 4 Renoir, dans la même pièce vont très bien ensemble. Et dans la chambre de Francine, 2 Stevens…2 Corot, un Manet, un Sargent et 2 Renoir se marient parfaitement.

Il choisit d’offrir sa prestigieuse collection au Williams College à Williamstown en Nouvelle-Angleterre, assez loin de New-York. Le choix de cette location lui fut dicté par un impérieux souci de sécurité. En effet bouleversé par les bombardements dont il avait vu l’Europe agonir et dont il craignait qu’ils ne puissent frapper New-York si une nouvelle guerre devait éclater, il se résolut à s’établir à distance.

L’exposition présentée au Musée des Impressionnistes de Giverny ne peut pas ne pas être visitée par tous les amoureux de la peinture.

Un superbe et bien rare Monet ( mais est-il seulement nécessaire de qualifier chacune de ces toiles présentées dans cette exposition tant leur excellence est d’évidence !) au début du parcours, “Marine: Tempête” ( 1866-1867.Huile sur toile. 48,7×64,6 cm) de couleur sombre, ciel d’ardoise sur bande de mer émeraude, vague quasi abstraite, oeuvre déjà prémonitoire du style à venir

Avant la course d’Edgar Degas ( 1882. 26,5x35cm. Huile sur toile)Une composition parfaitement élaborée et aux teintes chaudes.

Quelques Gérôme à l’orientalisme marqués, puis bien entendu la rencontre avec les Renoir laisse pantois, “Le portrait de Madame Monet” (ou Madame Claude Monet lisant) ( 1874. Huile sur toile 61,6×50,3cm) l’interpénétration des couleurs entre les couleurs du sofa et la robe bleue de Camille Monet est particulièrement sensible; “La baigneuse blonde” de 1881 ( Huile sur toile. 81,6×65,cm) la chair pulpeuse du modèle (très probablement Aline Charigot, maîtresse puis femme du peintre) absorbe la lumière et donne à la texture de la peau une carnation toute de douceur et d’émotion, au sommet du toucher et du style impressionniste. On y admire aussi des natures mortes de Renoir qui évoquent quelque peu la manière de Cézanne.

Pour être complet il faut mentionner les autres peintres, un festival de bonheur: Berthe Morissot, Gauguin, de superbes Boldini, Mary Cassatt, Pissarro, Lautrec, Corot , Sisley, Stevens …

Giverny est déjà un coin de paradis, allez vite vous y sanctifier un peu plus en visitant sans faute cette exposition au Musée des Impressionnistes
!

Pierre-Alain Lévy

Illustration de l’article:

Auguste Renoir. Une loge au théâtre ( Au concert) 1880. Huile sur toile. (99,4 x 80,7 cm). Acquis par Sterling and Francine Clark en 1928


Le catalogue publié à l’occasion de cette exposition est d’une richesse documentaire exceptionnelle, les études autour de Sterling Clarke et ses collections par James A. Ganz et Richard R. Bretell sont fouillées, la qualité iconographique des oeuvres reproduites est parfaite

CHEFS-D’OEUVRE DE LA PEINTURE FRANÇAISE DU STERLING AND FRANCINE CLARK ART INSTITUTE

James A. Ganz et Richard R. Bretell


SKIRA FLAMMARION
. 39€


ECOUTER/ VOIR

Avant la course. Edgar Degas

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